Hirtius, Guerre d' Espagne t ch. m
HISTOIRE DE CtiSAH. 363
de la ville. Du pied du camp, la plaine commençait à s'étendre, et elle était d'abord traversée par un ruisseau qui rendait l'accès du camp fort difficile, en ce qu'il formait sur la droite un marais plein de fondrières. A la nouvelle que Pompée avait rangé son armée en bataille, César déploya l'étendard. Voyant l'ennemi en bataille, il ne douta pas qu'il ne s'avançât jusqu'au milieu de la plaine pour en venir aux mains. L'armée révolutionnaire marcha au combat pensant que l'ennemi en ferait autant : mais celui-ci ne s'éloigna jamais qu'à quinze cents mètres des remparts de la ville, sous lesquels il aurait voulu combattre. L'armée de Pompée était composée de treize légions couvertes sur les dîtes par la cavalerie et par six mille hommes d'infanterie légère. Les troupes auxiliaires montaient à peu près au même nombre. César n'avait que quatre-vingts cohortes et huit mille chevaux. L'armée de' Pompée comptait environ soixante-quinze mille hommes et celle de César quarante-cinq mille. Enfin la bataille s'engagea, on combattit avec acharnement des deux côtés. César lit charger l'aile gauche ennemie par la cavalerie : les combattants se joignent avec tant de valeur, qu'il devient impossible de porter nulle part du secours. Les deux généraux en chef mirent pied à terre et s'enfoncèrent dans la mêlée. On entendait de toutes parts : « Abattez ! tuez ! » On vit César la tète nue, pour être mieux reconnu des siens, aller de cohorte en cohorte pour les exhorter du combat : il se saisit d'un bouclier, et, menant en avant un certain nombre de soldats, il s'écria en s'adressant aux officiers les plus près de lui : « Ceci sera le ternie de ma vie et de vos services militaires. »
La bataille ou plutôt la boucherie continua toute la journée. Enfin, après des efforts inouïs, le sort décida en faveur de l'armée révolutionnaire, et seulement au déclin du jour César fut vainqueur. A cette occasion, il dit : « J'ai souvent combattu pour la victoire, mais, cette fois-ci, j'ai lutté pour ma vie ! . » Le dictateur avait alors cinquante six ans. Cnéius Pompée n'était âgé que de trente ou trente-cinq ans. Son frère Sextus était son cadet de quelques années. Dans cetle célèbre bataille de Munda, voyant dans un moment que ses troupes lâchaient pied, César s'écria : « Voulez-vous donc me livrer à ces jeunes gens? » Ses affaires parurent si désespérées, qu'il songea même à se donner la mort 2 . Il y eut dans l'armée de Pompée trente mille morts ; Cnéius Pompée fut trouvé dans un lieu désert, grièvement blessé : on l'acheva 3 . Labiénus et Varus périrent sur le champ de bataille. Du côté de l'armée républicaine périrent environ trois mille chevaliers romains : elle perdit treize aigles avec des enseignes et des faisceaux. Dix-sept chefs furent faits prisonniers 4 .
La victoire de Munda ne fut cependant que le résultat du hasard. Le dictateur, le vainqueur de Pharsale et de Thapsus, ne dut le succès de ce jour qu'à une manœuvre de son allié Bogud, roi de la Muritanie Tingitane. Sans ordre du généralissime, il quitta l'aile droite de
1. Appien, Guerres civiles, 1. II, ch. civ. — Dion Ctusius, 1. XL1II, ch. xxxvii et suivants. — Flutarque, Fie de César, ch. lvi.
2. Suétone, Vie de César, ch. xxxvi. — Plularqu», Vie de César, ch.