‹ Le grand perturbateur romain CésarChapitre 237 sur 289 · Hirtiua, Guerre d'Espagne , ch. xxxi · texte numérisé non relu

Hirtiua, Guerre d'Espagne , ch. xxxi

l'armée révolutionnaire avec sa cavalerie pour la conduire au camp de Pompée, en tournant l'armée de ce général. Quand Labiénus s'en aperçut, il quitta le front de bataille avec cinq cohortes pour se porter au secours du camp. Dès que les guerriers de Pompée virent ce mouvement, ils crurent que Labiénus prenait la fuite, et le découragement les saisit. César, soit qu'il crût que les troupes de Pompée fuyaient en effet, soit qu'en chef habile il feignit de le penser, saisit l'occasion, les chargea comme des troupes en déroute, releva le courage des siens, et abattit celui de l'ennemi. Ses soldats, se croyant vainqueurs, mirent plus d'impétuosité dans la poursuite. Ceux de Pompée, persuadés que leurs compagnons sont en fuite, se mettent à fuir eux-mêmes

L'auteur de la Guerre d'Espagne dit que César n'eut que mille hommes de tués, tant cavaliers que fantassins, et à peu près cinq cents blessés. Plutarque rapporte le même nombre. Par une exagération ridicule, trop souvent imitée depuis, les historiens césariens portent les pertes de leur héros à un nombre arbitraire et fantastiquement trop bas. La mêlée fut trop vive et trop acharnée pour qu'il ne tombât que mille soldats de César. Dans les rapports militaires, on devrait être exact et ne jamais se servir du mensonge, afin de ne pas être ridicule. Par ces fausses appréciations de nombre, on éveille les soupçons, et l'opinion publique porte alors les perles plus hautes qu'elles ne le sont en réalité.

Tous ceux de l'armée de Pompée qui avaient pu se sauver se réfugièrent dans la ville de Munda, dans Cor-

1. Dion Cassius, 1. XL11I, ch. xxxvni. — Florus, 1. IV, ch. n.

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HISTOIRE DE CËSAH.

doue, Asta (Xérès de la Fron(era) et autres places. Sextus Pompée ne fut pas présenta la bataille deMunda : il tenait Cordoue qu'il quittasurla nouvelle de Pissuede la bataille. Il traversa l'Ibère et se rendit chez les Lacétaniens (nord de la Catalogne) ; là, il rallia les débris des légions de Muuda et fit avec succès la guerre de partisans. Après avoir pris Munda, Cordoue, Asta, Gades (Cadix), Cartéia (S. Rogue, Rocadillo, non loin d'Algésiras), Ursao ou Urson (Ossuna), César quitta l'Espagne. Il y avait séjourné depuis le mois de mars jusqu'au mois de septembre de l'année 45 avant l'ère vulgaire.

A partir de son retour d'Espagne, un grand changement s'opéra dans le caractère de César. Il n'eut pas la force ni l'élévation d'esprit pour se tenir au niveau d'une des plus grandes faveurs du sort. Si jusqu'alors il avait lutté par des décrets arbitraires, de vastes projets, des mœurs faciles, une ironie peu civique, pour la possession du pouvoir monarchique , il en rechercha actuellement le titre et la pompe, ou plus justement le clinquant, les apparences extérieures qui ne captivent que le vulgaire. C'est alors aussi qu'il conçut d'autres projets gigantesques, sans bornes, impossibles même à réaliser, et lesRomains coururent eux-mêmes au-devant de leur oppression, mais d'une oppression sans compensation. Après sa guerre d'Espagne, César revint à Rome ; on le craignait, il était plus illustre qu'aucun homme avant lui l . Il célébra son cinquième triomphe quoiqu'il eût vaincu des concitoyens. Il triompha sur des Romains qui, s'ils n'avaient pas lutté pour la liberté de Rome,

h A[.j>irn, Guerres civiles; 1. 11, ch. eu.

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avaient au moins combattu contre son asservissement. Dans le triomphe d'Espqgne, les trophées étaient en tôle d'argent poli. H permit aussi à Fabius et à Quintus Pedius ses lieutenants de triompher, quoiqu'ils n'eussent rien fait par eux-mêmes. Mais les Romains ne purent • s'empêcher de rire en voyant passer dans les rues les trophées en bois de ces deux guerriers. Les Romains célébraient donc un triple triomphe sur eux-mêmes, et pendant cinquante jours on offrit des actions de grâces aux dieux. Comme on avait appris la victoire de Munda à Rome, le 20 avril, veille de la fête des Palilies ou Parilies, consacrée à Paies, déesse de l'élève des bestiaux, il fut décidé qu'on célébrerait à l'avenir cette fête en mémoire de ce grand événement, comme si l'État avait été sauvé d'un grand danger et fondé pour ainsi dire de nouveau. César, chef de la faction marianiste, qui a eu pour fruit la corruption, parvint à aveugler la multitude au point qu'elle ne vit pas le joug que d'ellemême elle s'imposait, dit fort justement Macchiavel.

Par l'action de César les Romains cessèrent d'être républicains, ils devinrent serfs par eux-mêmes; César ne voulait que les brider, et les Romains se chargèrent de chaînes; le changement semblait si avantageux qu'ils se prosternèrent dans la poussière et le placèrent au rang des dieux, avant même que le cri de bataille retentit d'Espagne à Rome; et puis, quand il voulut devenir roi, ils le poignardèrent, Personne n'osa s'entremettre pour conduire avec dignité la transition au nouvel ordre des choses. Vers cette époque, M. Brulus

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