‹ Le grand perturbateur romain CésarChapitre 242 sur 289 · Dion Cassiua, 1. XLUI, eli. xuv · texte numérisé non relu

Dion Cassiua, 1. XLUI, eli. xuv

alla même plus loin dans la flatterie : on donnait ce même titre aux fils et petits-fils de César, quoiqu'il n'eût point d'enfants. Cette hérédité était un acheminement à la royauté. On lui permit seul de triompher dans l'avenir. Si le sénat césarien avait blessé l'auguste majesté des dieux par bon nombre de ses décrets, il blessa encore le sentiment moral et social des hommes qu'il osa déshonorer dans leur famille. Calpurnie étant restée stérile, le sénat n'eut pas honte de penser à la proposition d'une loi qui permettrait à César de considérer toutes les femmes romaines comme ses épouses 1 ! Il n'y a pas de nom à donner à une telle extravagance. Le maniement du trésor public découlait de la tutelle militaire exercée par César : on lui remit la direction de ce trésor. Maître de l'armée et des finances, il avait les deux plus puissants ressorts du despotisme qui naissait. César avait été revêtu du consulat durant plusieurs années consécutives : à son retour d'Espagne, il se fit nommer à cette magistrature pour dix ans et dictateur à vie; qu'on ne l'oublie pas, c 'était toujours le sénat césarien qui décrétait, et qui décrétait encore que César serait préfet ou censeur des mœurs tant qu'il vivrait. Il devait aussi exercer toutes les prérogatives des tribuns du peuple. Comme préfet des mœurs, César pouvait composer le sénat et l'ordre équestre selou son bon plaisir. Le sénat voulut aussi

1. Dion CasBîus, 1. XL1V, ch. vu. « Dans une ville où la violence faite à Lucrèce avait autrefois soulevé tous les esprits contre Tarquin, on délibère actuellement de donner à César un empire absolu sur la pudeur de toutes les femmes romaines. » (Mably, Observations sur les Romain*), 1. Il, p. 3G8 Edition de 1794. Tome IV des Œuvres.

que toutes les hautes charges républicaines de la magistrature fussent conférées de par la toute-puissance du dictateur. C'est pour cette raison que César fit décréter qu'il aurait le«choix et la nomination non-seulement des magistratures curules, mais encore ceux des fonctionnaires nommés jusqu'alors par les tribus par comices.

Ce décret fut la violation la plus flagrante de la République, l'attentat le plus audacieux aux droits du peuple, car le sénat ne jouissait pas du privilège d'intervenir dans les prérogatives des comices tri bunitiennes. Cependant, avec une modération sagement réfléchie, César déclina d'accepter un pouvoir aussi choquant 1 : car, pour saisir sa proie, il rampa comme la panthère. Il voulut partager avec le peuple le droit d'élection dans les comices, de sorte qu'à l'exception de ses compétiteurs au consulat, les autres candidats étaient élus, moitié par la volonté du peuple, moitié sur la désignation de César 2 : mais on voit qu'il eut de fait une influence'directe qui était provisoirement suffisante dans le plus grand nombre de cas pour la réalisation de ses projets. Il n'est pas de distinction qu'il ne reçut selon son caprice, et qu'il ne donna de même. Ce fut surtout avec le consulat qu'il agit de la manière la plus arbitraire. Consul pour la troisième fois en l'année 46, et pour la quatrième en l'année 45, il n'en prit que le titre, se contenta d'exercer la dictature qu'on lui avait décernée avec ses consulats, et se substitua deux consuls

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