CHAPITRE PREMIER
Le temps était arrivé où le dictateur pouvait penser aux lois et à la constitution qui devaient rétablir la tranquillité et la prospérité. Sylla ne voulait pas la restauration pure et simple de l'ancienne constitution. Témoin des désordres sans nom et sans fin qu'avait amenés le gouvernement dit populaire, dans lequel ses chefs pouvaient bavarder à la tribune et s'enrichir à l'aise, tandis que le peuple tombait de plus en plus dans la misère, Sylla voulait établir une nouvelle aristocratie et adoucir la tyrannie qu'exerçait la ville de Rome sur les provinces et sur les États des alliés.. Ensuite, il voulait former une alliance entre l'aristocratie régnante et les habitants des provinces pour se défendre contre la populace de Rome, contre l'ordre équestre et la noblesse nouvelle qui s'en était élevée. C'est à ce sujet que se rapportent la loi Cornelia t repetundarum, la loi Cornelia de falso, la loi de Sicariis, Dans le même but, il rendit la loi Cornelia de provinciis ordinandis, la loi Majestatis, dirigée contre ceux qui violeraient ou blesseraient l'autorité de l'empire romain. Sylla fut le créateur d'un droit criminel nouveau , plus complet que celui qui existait avant lui, et le plus propre à satisfaire aux exigences de l'époque ; sa législation a également embrassé l'organisation des tribunaux.
A l'avenir, le sénat, et non le peuple, devait être le corps politique le plus élevé de la république. Sylla enleva leur influence législative aux tribuns; les sénateurs seuls devaient être revêtus de cette dignité, et par l'acceptation du tribunat, on était exclu de toute autre magistrature. Le droit d'appellation fut enlevé aux tribuns, celui d'intercession limité à de certains cas et soumis à la décision du sénat. Sylla augmenta le sénat de trois cents
nouveaux membres qu'il fit élire formellement par les tribus, Sylla porta le nombre des questeurs à vingt, celui des préteurs à huit, et prescrivit qu'on ne pourrait monter aux emplois que graduellement. D'élus qu'ils étaient auparavant par le peuple, les pontifes devaient se compléter eux-mêmes. Leur nombre comme celui des augures, fut porté de dix à quinze. Pour les emplois jusqu'au consulat, la règle qui prescrivait un espace d'un certain nombre d'années avant qu'on pût passer de l'un à l'autre fut supprimée , mais Sylla ordonna qu'on resterait dix années avant de pouvoir accepter de nouveau le consulat. Les tribunaux qui, depuis les Gracques, avaient été enlevés au sénat lui furent restitués; Sylla chercha par des prescriptions sévères à obvier aux abus du pouvoir judiciaire et administratif.
L'édification colossale de la restauration de Sylla était terminée en l'an 80. C'était cette même année pendant la- * quelle le dictateur avait exercé le consulat avec Métellus Pius, premier exemple de l'alliance de ces deux magistratures. Il ne fut plus consul l'année suivante, quoique élu ; il nomma à sa place Servilius Isauricus et Glaudius Pulcher. Les nouvelles dispositions amenées par les soins de Sylla semblaient pouvoir se maintenir, quoiqu'il en restât encore d'autres à déterminer. Cependant, dans l'exercice de son omnipotence, que personne n'osait plus lui disputer, et favorisé du bonheur que lui assura le sort, Sylla prit la résolution de se retirer dans la vie privée. Ce fut au commencement de l'année 79. Un jour, dans le forum, le peuple étant assemblé , et dans la foule ses ennemis politiques et personnels, les parents et amis des quatre-vingt-dix sénateurs, des quinze consulaires, des deux mille six cents chevaliers