CHAPITRE PREMIER
qu'il avait fait exécuter» Sylla se présente sans craindre la vengeance des villes, des campagnes , des exilés dont il avait pris les terres, conûsqué l'argent, enlevé les libertés; Sylla déclare qu'il se démet de la dictature 1 . Du haut des rostres ou tribunes aux harangues, il adresse un discours au peuple, dans lequel il lui apprend qu'il est prêt à rendre compte de sa gestion. Il licencie ses licteurs, renvoie ses gardes, et se promène encore longtemps après, avec quelques amis au milieu de la multitude qui le regardait avec une surprise mêlée d'admiration et d'épouvante. Un jeune Romain eut seul la hardiesse imbécile de le suivre lorsqu'il retourna chez lui, et de lui crier des injures. Sylla, qui n'avait jamais pardonné les méfaits des hommes les plus considérables, et quelquefois de villes entières, sans daigner imposer silence au jeune homme, se contenta de dire : « Voilà un jeune insensé dont la conduite peut détourner ceux qui se trouveront un jour à ma place de la quitter comme moi 2 . » Peu de temps après, les Romains apprirent, en effet, qu'il n'y avait qu'un Sylla d'assez grand pour abdiquer, car César ne se démit jamais de sa dictature. On a jugé l'abdication de Sylla de bien des manières; les uns l'ont louée, d'autres l'ont blâmée; au nombre des derniers est naturellement César, qui disait que Sylla n'avait point connu les lettres ou l'a b c : « nescisse litteras s . n
Si C. Sylla fut assez modeste pour considérer sa vertu comme un don de la Divinité et non comme un mérite, au point de s'être fait nommer Félix plutôt que le Vertueux,