Suétone, Vie de César, ch. lxxxii
à le frapper : atteint derrière et devant, César se retournait dans leur cercle comme un gibier au milieu d'une meute! L'action des conjurés fut si prompte, si tive et si tumultueuse, que quelques-uns d'entre eux se frappèrent les uns les autres, et dans la mêlée Brutus reçut un coup de poignard dans la main, après avoir porté à César un coup de stylet dans la cuisse. Enfin n'ayant plus d'espoir de salut et sentant la mort s'approcher, César ramena son vêtement sur sa tête, se couvrit les jambes et alla rouler à la base du piédestal que couronnait la statue de Pompée. Là, dans les convulsions et aux seuls échos sonores de la chute de son corps, le ravisseur de la liberté de Rome, le promoteur du despotisme militaire et de la tyrannie qui s'étendirent sur de nombreuses générations pendant une longue suite de siècles, rendit l'àme abandonné de tous, frappé de vingt-trois coups de stylet, dans la cinquante-septième année de son âge, après avoir joui seulement cinq mois de la souveraine puissance. C'est ainsi, dit Florus *, que l'homme qui avait inondé l'univers du sang de ses concitoyens, arrosa enfin de son propre sang la salle du sénat. « La statue de Pompée fut ensanglantée, dit Plutarque; il semblait que le vaincu de Pharsale ait dû être témoin de la punition de son ennemi, étendu inanimé à ses pieds *. » Le fer le frappa parce que la clémence ne put tenir lieu du droit. Il dut y avoir dans l'Olympe un tressaillement universel; les mânes de tous les gens vertueux comme celles des douze cent mille nobles 3