Aj iiicn, Guerres civiles, 1. 11, ch. cxliv
HISTOIRE DE CÉSAU.
der le respect et la retenue, une modération naturelle et sincère, Antoine trouva le moyen déjouer une mauvaise farce et d'être comique. N'oublions pas toutefois que Marc Antoine fut l'ancêtre deCaligula et de Néron. « Citoyens, dit Antoine, ce n'était pas à moi, simple individu, qu'il convenait de faire réloge funèbre d'un si grand homme; c'était plutôt à la patrie entière. Je regarderai donc comme l'expression de vos propres sentiments, plutôt que des miens, cette multitude de décrets que, dans l'enthousiasme des grands succès de César, le sénat et le peuple après lui consacrèrent à sa gloire pendant qu'il vivait encore, et j'en ferai la lecture. » Et il se mit à lire en prenant une attitude solennelle et de douleur. Il fit ressortir avec les inflexions de sa voix chaque passage selon ses vues. Il insista principalement sur celui qui était relatif à la consécration de la personne de César, sur celui qui la déclarait sacrée et inviolable, sur celui qui le proclamait le père de la patrie , le bienfaiteur de la République et l'incomparable arbitre de ses deslins. A chacun de ces traits, Antoine tournait sa tète et son bras vers le cadavre de César en faisant concorder ses gestes avec ses paroles. Il intercala dans sa lecture, de temps en temps entre les divers décrets, quelques réflexions succinctes où il laissait percer sa douleur et son indignation. Au passage où le décret nommait César père de la patrie : « Voilà, s'écria-t-il, le monument de sa clémence ; voilà qui rendait sa personne inviolable et sacrée, et non-seulement la sienne, mais encore celle de quiconque venait chercher un asile auprès de lui ; et néanmoins, s'écria-t-il, ce n'est point un autre pendant qu'il venait chercher
HISTOIRE DE CfcSAR.
un asile auprès de lui, c'est lui-même, tout sacré, tout inviolable qu'il fût, qui a été assassiné, lui qui n'avait usé d'aucune vjolence tyrannise pour se faire décerner ces honneurs illustres qu'il ne demandait même pas. Nous étions doqc des lâches et des esclaves, lorsque nous accordâmes tant de choses à celui qui ne les méritait pas plus qu'il ne les demandait. Mais vous, fidèles Romains, vous nous ave? justifiés de ce reprpche de lâcheté et de servitude, en accordant à César, même après sa mort, les honneurs qu'il reçoit en pe jnoroent *. » Antoine lut par deux fois le serment eq vertu dqquel tops les citoyens étaient obligés de veiller sur César et sur sa personne, et de le défendre de toutes leurs forces, ainsi que le serment par lequel, en cas de conspiration, on dévouait aux dieux infernaux tous ceux qui ne voleraient pas à son secours. A ces mots il éleva singulièrement la voix, et, dirigeant ses mains vers le Capitale : u Quant à moi, s'écria-t-il, ô Jupiter, protecteur de Rome 1 ô vous, autres Dieux ! oui, je suis prêt h venger César, à obéir à mes serments, à être fidèle aux exécrations que j'ai prononcées, etc. *
Op chanta des vers propres à exciter la pitié pour la mort et l'indignation contre les meurtriers et des passages de Y Electre de M. Attilius* qui pouvaient offrir des allusions. Les uns voulaient qu'on brûlât le corps dans le sanctuaire de Jupiter Capitplin, les autres dans la salle du sénat de Ppmpée. Tout à coup on vit s'élever au-dessus du cercueil une petite statue en cire de