‹ Le grand perturbateur romain CésarChapitre 276 sur 289 · Salluste, Catilina, ch. vi · texte numérisé non relu

Salluste, Catilina, ch. vi

génie; car les rois suspectent plus les bons que les méchants* et toujours le mérite d'autrui leur fait ombrage 1 .

« Mais dès que la République se fut agrandie par le travail et la justice; qu'elle eut vaincu des rois puissants, subjugué des peuplades sauvages; que de grandes nations eurent été soumises par la force \ que Carthage, cette rivale de l'Empire, fut détruite de fond en comble, et que toules les mers et toutes les terres nous furent Ouvertes, alors la Fortune commença à sévir et à tout confondre. Ces mêmes Romains* qui avaient soutenu sans peine les travaux, les périls, les incertitudes et les rigueurs dés événements, furent tristement vaincus par le loisir et les richesses, objets de tous les vœux. D'abord s'accrut la soif de For, ensuite celle du pouvoir : ce fut là la double cause de tous nos maux. Car l'avarice anéantit la bonne foi, la probité et les autres vertus pour leur substituer l'orgueil, la cruauté, le mépris des dieux et la vénalité universelle : l'ambition rendit tourbes la plupart des hommes; elle leur apprit à exprimer des sentiments tout différents de ceux qu'ils avaient au fond du cœur; elle régla la haine et l'amitié sut l'in-

térêt, non sur la justice, et préféra les dehors de la vertu à la vertu même. Les progrès de ces vices furent d'abord insensibles, et quelquefois même on les réprima. Mais dès que, semblables à un mal contagieux, ils eurent pénétré partout, l'État changea de face et le gouvernement le plus juste et le plus modéré devint cruel et intolérable*.

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