Cicéron, II e Philippiquc, ch. xlvi
42fl
pourquoi ose-t-on blâmer Sylla d'avoir confisqué momentanément, dans un moment de désordres, la liberté de Rome, pour la délivrer des crimes horribles amenés par Marius le démagogue, quand on prodigue des louanges à l'homme qui la lui ravit à jamais dans un tout autre but que Sylla? Si Rome n'était pas digne de la liberté, la liberté fut cependant elle-même digne que Caton vécût et mourût pour elle !
Les capacités militaires de César étaient grandes et étendues ; elles furent secondées par une armée qu'il avait su former, qui lui était dévouée : elle était disciplinée et brave. A sa tête, César payait toujours de sa personne dans les combats. Toutefois, cette armée avait été façonnée sur les cadavres de près de deux millions de Gaulois, de Germains, d'Africains, d'Asiatiques et de Romains; sans les hommes tombés dans les guerres civiles, César fut cause de la mort de 1,192,000 personnes ** Le seul crime de toutes ces victimes n'était en résumé que d'être de bons patriotes qui défendaient leur liberté ou leur patrie. Si la grandeur et la gloire d'un homme pouvaient consister dans le nombre d'adversaires qu'il a fait tuer, César devrait être placé eh tête des hommes les plus magnifiques et les plus glorieux que nous offrent les annales de l'histoire.
Il manquait à César ce que tout chef d'une nouvelle dynastie ou fondateur d'un autre ordre politique ou social, tels qu'un Aménophis I er , un Thésée, un Solon, un Alexandre et un Charlemagne, doit posséder pour être légitime, c'est-à-dire une conception, une doctrine