‹ Le grand perturbateur romain CésarChapitre 280 sur 289 · Pline, Histoire naturelle, 1. VU, ch. xxv · texte numérisé non relu

Pline, Histoire naturelle, 1. VU, ch. xxv

plus parfaites, plus complètes que celles du passé qu'il veut remplacer. En fait de politique, César ne fut qu'un empirique, qu'un charlatan: il n'apportait à la société romaine en décadence aucune science gouvernementale inconnue ou nouvelle, capable de rendre les facultés vitales à Rome. Son œuvré ne fut qu'un échafaudage, qu'un replâtrage. Il ne fit que consacrer sous de nouvelles formes, l'essence des abstractions cérébrales de tout genre, tarit religieuses que Civiles, tant politiques qu'administratives, que l'idéologie téhébreuse et la perversité d'une fraction criminelle du patriciat avaient mis des siècles à élaborer et qui ne vécurent entlh que protégées par l'action violente et matérielle d'un maître.

Aussi voit-on à partir de l'usurpation militaire de César, l'origine et le développement de ce système d'institutions et de lois, de règlements et de décrets arbitraires, uniquement destinés au maintien du pouvoir personnel et dynastique; fléaux de l'ordre, de la tranquillité, de la paix, du bonheur et de la prospérité publics, parce que ces lois et ces institutions faites arbitrairement et eh dépit de tout droit, sans synthèse et dans un butd'égoïsme, ne peuvent nullement concorder avec les intérêts généraux, publics, pour lesquels ou prétendait néanmoins qti elles auraient été conçues, mais avec lesquels, ait Contraire, elles sont toujours en contradiction et en antagonisme permanents.

La vanité et l'orgueil de César, jetèrent les fondements des ridicules de la cour impériale, de son luxe, de ses débauches et ont amené directement les saturnales des princes du Bas-Mmpire.

L'impartialité historique constatera toujours que Sylla

dans une position critique de Rome, n'usa que dans l'intérêt de la République des moyens extra-légaux contre ses concitoyens : mu par un sentiment absolu de justice et de désintéressement, il n'exerça la plénitude de ses droits qu'au bénéfice de la société romaine. Croyant avoir atteint son but, il quitta le pouvoir.

César conçut dès sa jeunesse son projet d'escalader le pouvoir et de s'en servir pour se ceindre du diadème et régner selon son bon plaisir. Pendant plus de vingt ans, il poursuivit âprementses desseins orgueilleux en fauchant ses adversaires et ses rivaux ou en profitant de leurs fautes et de leur honnêteté. De nature César était tyranniquement despote, monarchiquement orgueilleux et hautain. Mais il manquait de dignité morale, de sévérité envers lui-même qui auraient pu prêter du relief à son caractère ainsi qu'à sa position.

Dans ses mœurs César était licencieux sans bornes : l'homme a ses passions, mais il doit éviter leurs débordements : sa raison et sa conscience doivent le contenir dans les limites du beau et du bien.

Mari infidèle, amant imprudent et indiscret, la volupté chez lui n'était point spirituelle, idéale, poétique, comme celle des grands hommes de la Grèce. Chez César, elle n'était qu'une débauche sensuelle, matérielle, cynique, sans intelligence ; en un mot telle qu'on la trouve à peu d'exceptions près dans tout le cours de l'histoire romaine et surtout sous l'empire des Césars.

César ne possédait en général que le pouvoir, l'intelligence et la souplesse qui forment le factieux, le perturbateur, le chef de parti. Il n'avait point le génie de l'homme d'État, du législateur. Du moment que

HISTOIRE DE dESAR.

César franchit les limites de la lutte de parti, on voit en lui un défaut capital qui surprend. Lorsqu'au faîte de. sa puissance il arrive à Rome pour la première fois en vainqueur en l'année 49, il sut en quelques jours se faire détester à tel point par la foule elle-même, dont il prétextait cependant prendre les intérêts, que sur cette haine Cicéron avait cru pouvoir fonder de grandes espérances 1 . César avoue lui-même qu'il rencontra de l'opposition dans Rome et que sans avoir atteint son but, il fut obligé de s'éloigner de la ville au bout de onze jours 2 . Et même après la guerre, que n'osèrent les républicains contre son orgueil? Ce n'est donc point fortuitement que dans ses mémoires historiques, presque entièrement militaires, tout ce qui a trait à la politique ne s'y trouve rapporté qu'accidentellement et envisagé d'une manière tout à fait superficielle. A la tête de son armée ou comme chef d'un parti dans les luttes politiques ou civiles, il avait un pouvoir invincible, il était d'une taille prodigieuse; mais il n'était point tel comme chef et conducteur d'un grand empire en temps de paix et de calme, car il était incapable de gouverner à la longue légalement et avec ordre.

L'œuvre de Sylla avait peut-être été plus autocratique que celle de César. Le premier tranchait dans le vif avec franchise, sans détours : il pouvait le faire, il pouvait déclarer hautement, à la face du ciel, ce qu'il voulait. César devait être dissimulé, cauteleux; il ne lui était point permis d'agir franchement, il dût ne marcher

t. Cicéron, Lettres à Atticus, VU, xi ; X, xiv; X, iv. Lettres familières, XV, xw.

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