‹ Le grand perturbateur romain CésarChapitre 31 sur 289 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Gaule cisalpine, profite de son éloignement de Rome pour faire de nouveaux armements. Il attire partout à lui les exilés et les enfants des proscrits ; par ses promesses il gagne beaucoup de villes municipales, surtout en Etrurie et dans la Gaule. La (Tentative de Lépidus de pénétrer dans Rome avec une armée , et ses efforts pour obtenir de nouveau le consulat, ne réussissent pas, malgré sa déclaration de n'être venu que dans le but de rétablir les tribuns dans leurs droits. Pompée et Catulus sont envoyés contre lui ; après un combat de courte durée aux portes de Rome, son armée prend la fuite, et Lépidus, proscrit par le sénat, poursuivi partout par les légions de Pompée, quitte enfin l'Italie. Il se retire avec quelques amis en Sardaigne où le chagrin le tua bientôt (en Tannée 77). Pompée, qui avait été envoyé contre Lépidus , dispersa en très-peu de temps les troupes de Lépidus et de son préteur Brutus; il acquit une position à Rome que personne n'avait eue avant lui. Il est donc naturel qu'il eût une très -grande opinion de lui-même. Quant à César, il obtint une amnistie pour tous les partisans de Lépidus *•

Malgré son insuccès, l'entreprise de Lépidus ne fut cependant pas sans conséquences. Le parti populaire venait de recevoir une direction déterminée, et dans son sein se réveillèrent quelques espérances de reprendre les privilèges perdus. Dès l'année 76, Turpilius, tribun du peuple, essaya de rétablir les anciens droits des tribuns; mais il était trop peu influent pour réussir dans son but. Un peu plus tard, Licinius, également tribun, soutenu de César, renouvela la tentative, mais paya de sa vie son impru-

i. Aolu Gelle, N. A., liv. XIII, ch. lu. — Suétone, Vi* dt César, ch.

dence. Enfin, G. Aurélius Cotta, oncle maternel de César, rendit en 75, le droit aux tribuns de parvenir aux autres magistratures. César cherchait la popularité ; la bienveillance du patricien et ses distributions de blé le consolidèrent dans l'affection de la multitude ; h mesure qu'augmentait sa considération, la caisse des usuriers s'ouvrait pour lui; car les magistratures, présents de la gratitude du peuple faits à César, et les provinces, tout répondait du payement des sommes avancées. Les grands seuls calculaient mal ; ils espéraient qu'avec sa fortune disparaîtrait aussi son influence 4 . En attendant, le peuple le nomma tribun militaire, au lieu de son compétiteur C. Popilius. Dans les années 73, 72, 71, César n'est point nommé par les auteurs, tandis que Mithridate, Spartacus et Sertorius occupaient incessamment les armées romaines. Il n'aurait pu combattre contre le dernier sans trahir son caractère public, quoiqu'il ne dût pas désirer le triomphe de ce marianiste, et tout aussi peu une révolution violente et précipitée de la part d'un autre. Mais on peut présumer que pendant l'absence des sommités du parti conservateur, engagés dans la guerre, il gagna le peuple, chercha à augmenter le mécontentement contre les institutions existantes et à faire naître des espérances destinées à la réussite occulte de ses projets.

César était doué d'une grande intelligence; son savoir politique était ample, étendu, sa dissimulation profonde, habilement calculée et plus encore habilement appliquée. Il avait une patience et une persévérance à toute épreuve, une perspicacité remarquable. Cette perspicacité lui appre-

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