‹ Le grand perturbateur romain CésarChapitre 44 sur 289 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Passage du llulacon, en 49.

Ce fut dans l'année 65 que César et M. Bibulus devinrent édiles curules, degré supérieur à celui d'édile plébéien. César, pour revêtir cette magistrature, devait avoir au moins trente-sept à trente-huit ans : c'est ce qui fait qu'on doit supposer qu'il naquit en l'année 102 et non 100 avant l'ère vulgaire, comme on a l'habitude de le dire.

Vers cette époque, César fait un coup hardi .

Un matin , le peuple romain put voir briller, en haut du Capitole, les statues en or de Marius, oncle de César, accompagnées des images des déesses de la Victoire et des trophées des victoires remportées sur les Cimbres. La foule s'y porte à longs flots. Elle recherchait la nouveauté, la distraction des yeux, et ne se doutait guère que ce clinquant avait pour but de l'étourdir et de l'envelopper plus promptementetplus mollement dans la servitude la plus odieuse. Les marianistes se remuèrent. Ils criaient que César avait fait remonter du fond des enfers, pour planer sur la ville, le souvenir et la gloire de Marius. Us proclamaient César le digne parent de Marius. Le parti presque éteint de ce chef populaire était ainsi rappelé à la vie, et César s'attitirait la mission et le prestige de le représenter à son tour. L'esprit inquiet, subversif, personnel de César, réalisa ce

que Pompée ne sut que désirer ; il agit quand ce dernier ne fit que penser. Frapper ce coup, c'était ouvrir avec hardiesse la voie que Pompée longeait seulement et avec timidité. César leva donc le drapeau de la révolte, tandis que Pompée déserta momentanément celui du parti conservateur aristocratique pour s'y rallier plus tard , après un long et funeste égarement. Depuis l'époque des Gracques, pendant les guerres civiles, pendant l'administration de Marius et de Ginna, la moralité du peuple romain était tombée dans une grande décadence. Les lois cornéliennes de Sicariis et Veneficis, et de Falsis en sont la preuve. Le génie révolutionnaire dans le sens du mal et de l'égoïsrne de César continua incessamment à corrompre l'esprit public, jusqu'au point de le rendre malléable, susceptible de servir aveuglément ses convenances personnelles, son autocratie et ses tendances dynastiques.

Dès ce temps-là, d'immenses fortunes avaient pu se faire d'une manière scandaleuse, sans que le public y trouvât à redire. Le luxe devint effréné, surtout dans les palais. M. Lépidus, consul en l'année 78, introduisit dans sa maison, la plus splendide de Rome, des architraves en marbre de Numidie *, marbre jaune doré, veiné ou tacheté de pourpre, matière très-chère et très-rare. Pline accuse surtout Scaurus d'avoir ruiné les mœurs pendant sonédilité (58). Il avait élevé un théâtre, dont la scène était décorée de trois cent soixante colonnes, en trois étages; le soubassement de la scène était en marbre, la partie qui le surmontait était en verre, et ^couronnement en moulures et panneaux dorés. Les colonnes inférieures

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