CHAPITRE II
impôts et le service militaire, a II est vraisemblable, ou que dans l'intervalle d'une guerre à une autre, comme cela se fait aujourd'hui pour les levées romaines, on prenait une nouvelle classe de jeunes hommes, qui suffisait pour recommencer la guerre; ou que les armées ne se tiraient point toujours du sein des mêmes peuples, quoique ce fût toujours la même nation qui fit la guerre ; ou enûn qu'il existait une innombrable multitude de têtes libres dans ces contrées, où maintenant on ne recueille qu'avec peine quelques soldats, et qui sans nos esclaves seraient une solitude 1 . » Latifundia Italiam perdidere 2 , la grande propriété, dit Pline, a ruiné l'Italie et les provinces romaines. Cinquante ans avant l'ère vulgaire, où le cens romain comprenait encore 391,336 têtes, le tribun Philippus osait proclamer publiquement qu'il n'y avait pas dans Rome deux mille citoyens qui eussent un patrimoine 5 . Cette disproportion funeste était d'autant plus sensible à Rome, que jamais le commerce ni l'industrie n'y fleurirent; ils étaient exercés par des peregrini ou par des esclaves. Or, quiconque abandonnait l'agriculture, de gré ou de force, se trouvait sur la voie la plus directe de la pauvreté s'il ne possédait point une fortune considérable.
Il y avait encore d'autres causes de désordres et de violences à cette époque dans la République romaine. Marius avait commencé sa carrière militaire en prenant une mesure dangereuse qui devait mener directement au despotisme militaire. Il avait fourni aux citoyens aisés, qui