CHAPITRE II
donner à Rabirius la possibilité de devenir plus tard accusateur, César fit condamner à mort L. Luscius, qui avait tué trois proscrits, et L. Bellienus, le centurion, qui avait été chargé d'exécuter Lucrèce Ophella. Gatilina, accusé d'avoir tué sous la dictature de Sylla, fut acquitté par L. Luccejus.
Dans cette même année 64, au mois de décembre, P. Servilius Rullus devint tribun; c'était un débauché ruiné qui se comptait lui-même au nombre de la noblesse. Parmi ses titres était sans doute que son père avait fait servir dans certain repas un sanglier tout entier 1 . Rullus proposa une loi par laquelle certaines terres de l'Etat devaient être vendues et distribuées à des plébéiens; mais Cicéron, qui la combattit dans son discours de lege agrariâ inServîlium Rullum, la fit rejeter. Une loi agraire juste et raisonnable aurait éloigné des mains vénales et ralenti la fermentation de la foule; elle aurait, en outre, servi la cause du parti conservateur. César, au contraire, fut le principal instigateur de cette lex Servilia, d'aucun profit pour le peuple romain, mais très bien faite pour surexciter la multitude, le servir lui César, attirer la haine sur ses ennemis , et enfin préparer la société à une lex Julia agraria, loi agraire julienne. Cependant, ce refus inconsidéré de la loi proposée par Rullus, et qui pouvait être perfectionnée utilement, c'était autant d'imprudence que d'injustice; c'était laisser dans les mains du parti dynastique une arme puissante, et augmenter l'excessive misère de la foule, qui demandait de fait des secours réels et radicaux. En effet, que fit la noblesse? Elle prit parti dans