‹ Le grand perturbateur romain CésarChapitre 6 sur 289 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

avait été conféré le droit de citoyen romain. L'abîme qui existait entre Rome dominatrice et l'Italie dominée pouvait avoir été regardé comme nécessaire à la politique romaine durant une courte période de temps : car tant que la langue, la religion et les mœurs des Italiques les séparaient encore de Rome, il était impossible à celle-ci d'élever parfaitement à un droit commun avec elle ces peuples et surtout ceux de races essentiellement différentes de la sienne. Toutefois, à la fin, cette démarcation intérieure s'effaça en grande partie, tandis que celle de l'extérieur, seulement politique, continuait à subsister.

La langue, Içs mœurs, la religion et le droit romains s'étaient étendus en quelques siècles sur l'Italie, au moyen plus particulièrement des colonies que Rome avait fondées dans les provinces soumises, et cela de telle sorte que la nationalité primitive des races italiques allait s'eflaçant graduellement. Les Italiques étaient devenus presque entièrement Romains de vie et de mœurs; ils supportaient, de plus, les charges de l'État romain et ils fournissaient leur contingent aux armées romaines. Les Italiques ne demandaient qu'à devenir citoyens d'une ville pour laquelle ils avaient conquis le monde 1 . Malgré tout cela, ils restaient séparés des Romains par un abîme qu'avait creusé le droit politique et privé. A cette iniquité venait se joindre pour les communes le préjudice suivant : Rome visait à attirer à elle les municipaux distingués par la richesse et la considération. Plus d'une voie était légalement ouverte à l'homme opulent pour arriver à la pleine jouissance du droit de citoyen romain. Quiconque avait exercé une di-

i. Velléius Paterculus , liv. II, ch. xv.

gnité municipale devenait par là citoyen romain; quiconque laissait un fils pour gérer ses propriétés situées dans un municipe pouvait aller vivre à Rome, se faire inscrire au cens et réclamer le droit de citoyen romain. Ces deux moyens incombaient naturellement aux plus fortunés : c'est ainsi que les richesses s'accumulaient dans Home, tandis que la pauvreté restait dans les provinces. Par ce système, la prospérité des villes italiques municipales s'étiolait d'année en année; les préjudices de leur position étaient doublement sentis par leurs habitants; car la manière dont Rome s'y prenait ordinairement pour augmenter les phalanges de ses citoyens , blessait les confédérés ou alliés. On leur refusait constamment ce qu'on accordait annuellement à des milliers d'esclaves, par l'émancipation. Des étrangers barbares, principalement venus d'Orient, de la Phénicie et de la Judée, des esclaves, qui n'avaient pas même en commun les dieux et la langue de leurs maîtres, étaient bien plus facilement élevés au rang de citoyen que les Italiques, la plupart de race parente des Romains. Le principe ressortant évidemment de cette conduite était on ne peut plus outrageant. L'aristocratie n'avait pas directement à craindre d'esclaves, auxquels avait été accordé le droit de cité , leur immixtion dans sa sphère d'activité , ni le préjudice qu'ils auraient pu porter à son droit présomptif et exclusif d'exercer la magistrature. L'Italique libre, au contraire, entrait dans le droit de citoyen avec de tout autres prétentions. C'est donc pour cette raison qu'il n'y eut réellement que les grands de Rome qui s'opposassent aux désirs et aux tentatives des alliés.

L'étranger ou pérégrin, privé de cette prérogative pu-

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