CHAPITRE II
d'acclamation^, et les cris de Pompée le Grand frappèrent agréablement ses oreilles. On aurait pu le nommer aussi le Miëéricordieuw, parce que, après son retour du Capitole, il ne fit point tuer les prisonniers, comme c'était d'usage chez les Romains, et comme César le fit, quinze ans plus tard, pour un noble et courageux Gaulois.
Nous avons dit plus haut que, dans la désespérante situation où se trouvait Pompée, il fut forcé de chercher le moyen de maintenir sa considération, et que César lui en avait offert un. Il le lui fit attendre. César voulut d'abord se rendre dans son gouvernement de l'Espagne ultérieure, mais il rencontra un obstacle : ses créanciers prétendaient avant tout être payés. Pour acquitter ses dettes, les trésors de Crassus étaient là tout prêts. Les juges de Clodius avaient pu, par l'intermédiaire de César, apprécier la valeur de ces trésors : tous les partisans de César ensemble devaient lui être agréables, le servir, parce que ses services, tant passés que futurs, étaient les plus grands de tous. Sur un signe, la lutte de Pompée contre les grands devait les éloigner de lui et empêcher sa prépondérance.
César acquit l'affection du riche consulaire Crassus, etce* lui-ci répondit d'une somme de 830 talents (2,482,000 fr.). Les créanciers se turent. César partit pour l'Espagne, quoique le sénat n'eût point encore réglé l'administration de cette province, ni ses dépenses, ni la force de l'armée qui devait l'accompagner; il voulait échapper à une action judiciaire qu'on devait lui intenter relativement au crime commis pendant la fête de la Bona Dea. Car, chose étrange, César avait trouvé moyen d'être coupable dans un fait où il devait être l'accusateur.
En Espagne, il porta le nombre des cohortes de vingt à
trente. Dans ses expéditions contre les Lusitaniens et les Gallaïques, il ramassa l'argent nécessaire à ses projets, fit ses premières armes comme général, reçut de ses soldats le titre d'fmperator; le sénat lui fit l'honneur d'une fête et de remercîments, ce qui lui fut l'expectative du triomphe. L'argent et le triomphe ne furent pour César que des moyens de le mener à un but plus élevé. Quand il revint d'Espagne à Rome, Pompée se trouvait toujours dans une situation très-pénible, qui portait atteinte à sa dignité aussi bien qu'à son honneur à'Impcrator. César avait gagné la popularité à un haut degré. Il reconnut que le parti qui, dans le sénat, veillait à ce que Pompée n'assumât point toute la puissance de ce corps, était également opposé à ses propres projets. Sans Pompée, César ne pouvait former une armée, et le premier ne se doutait nullement que la multitude salue et adore plutôt le soleil qui se lève que celui qui se couche. Par un coup de main habile, César sut gagner les individualités saillantes ; il conquit l'avare Crassus et le vaniteux Pompée; il sut fonder une alliance dynastique, connue sous le nom de premier triumvirat. César briguait le consulat, Pompée voulait la sanction absolue de ses décrets et de ses institutions asiatiques. L'argent était le mobile principal qui pouvait entraîner les chefs du parti popu- j laire, les mannequins votants ou ceux des sénateurs qui opinaient mécaniquement et sans jugement. César s'en procura. Crassus, esprit médiocre, et qui ne l'avait pas deviné, se mit en tête de spéculer sur une couronne. César flatta son amour-propre, sa vanité, et le gagna. Il le réconcilia avec Pompée. « César n'espérait pouvoir acquérir l'influence et l'action qui étaient nécessaires à ses projets que par le concours de Pompée et de Crassus. Il