‹ Le grand perturbateur romain CésarChapitre 69 sur 289 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

devait les ménager tous deux : il ne craignait pas non plus qu'ils parvinssent à le dominer par leur bonne intelligence entre eux; car il savait trop bien que par leur amitié il gagnerait les autres, et que par lui-même il les entraînerait en peu de temps ; c'est aussi ce qui arriva. Il les réconcilia entre eux et les gagna à ses projets. Pompée et Crassus, réconciliés, chacun par des raisons particulières, firent entrer César dans la communauté de leurs intérêts. Pompée ne pouvait espérer de se maintenir de niveau avec Crassus, qui était déjà puissant, et avec César, dont l'étoile montait; il devait même craindre d'être renversé par eux. Mais, au moyen d'une alliance avec eux, il espérait rétablir sa puissance passée. Crassus, de son côté, pensait que la naissance et les richesses devaient l'élever au-dessus de tous. Comme il voyait Pompée descendre et César s'élever, il désirait les maintenir tous deux en échec, ne laisser aucun des deux devenir trop puissant, dans l'espoir de recueillir, tandis qu'ils lutteraient ensemble avec „ des forces égales, les fruits de l'amitié de chacun et d'être considéré plus qu'eux. C'est-à-dire que sa politique intime n'était ni dans l'intérêt du peuple ni dans celui du sénat , mais uniquement portée sur l'établissement de sa puissance personnelle. Dans ce but , il les flattait également tous les deux, prenait garde de les choquer, et avait soin de se faire bien venir en les aidant de telle sorte qu'il paraissait l'auteur de ce qui leur était agréable et sans participer à la cause de leurs revers 4 . »

Le triumvirat fut donc une alliance entre la ruse, la gloire et la richesse. César voulait s'élever, Pompée se

i. Dion Cassius, liv. XXX VII , ch. lyz.

maintenir et Crassus g enrichir; tous, également avides d'autorité, s'accordèrent sans peine pour se saisir de la République 1 . L'alliance de ces trois hommes fut ostensible, publique; ils se prêtèrent serment de n'avoir qu'une volonté. Or, comme ils exécutèrent dans la suite toutes leurs décisions par l'intermédiaire de leurs créatures aveugles et soumises, ou par la menace de la violence, ainsi que le fit Pompée en introduisant son armée à Rome, lorsqu'il fut question de la sanction de ses actes et de la distribution des terres à ses vétérans, c'est à partir du moment de la constitution du premier triumvirat que l'antique forme de l'empire romain fut abolie.

Le but du triumvirat était l'anéantissement de l'aristocratie , mais aussi chacun des triumvirs se proposait de travailler dans son propre intérêt , et nourrissait en secret des projets dirigés contre ses collègues. Pompée voulait se servir de la triple alliance pour reconquérir son ancienne # considération, et, dans sa haute opinion de lui-même, il n'espérait remplir d'autre rôle que le premier, Crassus voulait grossir ses trésors, et, en outre, gagner une considération plus forte que celle que lui donnait sa fortune. Il prévoyait les dissensions qui devaient s'élever entre César et Pompée; il espérait, pendant qu'ils se soutiendraient en équilibre, parvenir à l'élévation qu'il méditait. Le plan de César fut celui qui s'étendait le plus en dehors de l'intérêt direct de l'alliance. Seul, il ne pouvait pas amener la chute, de l'aristocratie : daqs ce but, il se ligua avec les deux hommes les plus puissants dans l'État, Mais il connaissait les hommes, et il ne tenta rien contre la prépondérance

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