CHAPITRE II
t ravala à devenir son client, et qu'il a su mettre dans ses • intérêts.
' A dater du consulat de Cicéron jusqu'à celui de César, on voit dans le sénat un certain degré d'énergie qui contraste fortement avec sa faiblesse passée. Cette énergie était moins due à Cicéron qu'à Caton, et moins à l'opiniâtreté de celui-ci qu'à sa finesse. Sur la proposition de Caton, le sénat avait décidé une distribution gratuite et mensuelle d'une certaine quantité de blé au peuple. Cette mesure augmenta les dépenses publiques de sept millions et demi de deniers (6,150,000 fr.) 1 ; mais elle réussit à diminuer l'importance, la considération et le parti de César. Elle paralysa pour le moment bon nombre de ses projets. Il arriva cependant à se faire nommer préteur en l'année 62, comme nous l'avons dit, et prépara de nouvelles contrariétés à l'aristocratie. Dès le premier jour de son entrée en fonctions, il demanda au peuple de pourvoir à l'achèvement et à la consécration du temple de Jupiter Capitolin, mission dont le vieux et digne Catulus avait été chargé, de convaincre Catulus de malversation et de mettre dans l'inscription du monument le nom de Pompée à la place de celui de Catulus 2 . Mais, voyant que les patriciens, au lieu d'aller rendre leurs devoirs aux nouveaux consuls D. Junius Silanus et L. Licinius Muréna, accouraient en foule à l'assemblée, pour lui opposer une résistance opiniâtre, et, jugeant la lutte inégale, il se désista de son entreprise. N'était-ce pas une profonde ironie et la preuve d'un souverain mépris pour ce que des hommes intelligents, honnêtes
1. Plutarque, Vie de César, ch. vin; Vie de Caton le Jeune, ch. xxti. — Plutarque , Vie de Coton, ch. xxvi.
2. Suétone, Vie de César, ch. xv. — Dion Cassius, liv. XXXVII, ch. xuv.
et moraux ont de plus saint et de plus sacré, que de voir qu'un être corrompu comme César s'inquiélût des affaires concernant la religion, et demandât à activer l'achèvement, du plus grand monument national du culte? C'était encore un trait de la perfidie dissimulée du futur dictateur. Le nom de Lutatius Catulus subsista, ainsi que le rapporte Tacite 4 . Par son accusation, César n'avait pas voulu seulement atteindre Catulus personnellement, mais son intention était d'infliger un affront au sénat tout entier. Il en fut de même de son attaque contre Cicéron. Pour réaliser son projet de mortification contre ce dernier, Métellus avait quitté, l'année précédente, le camp de Pompée, et il était venu à Rome. On croyait qu'il avait été envoyé par Pompée pour se faire nommer tribun ; son élection réussit, mais celle de Caton également; car la noblesse le fit arriver au tribunat, afin de l'opposer à Métellus 2 . Quand Cicéron voulut s'adresser au peuple à l'expiration de son consulat, comme c'était l'usage, Métellus s'y opposa ; il dit que celui qui en avait tué d'autres sans les entendre n'avait pas luimême le droit de parler 5 . On ne permit au consul que le serment traditionnel. Cicéron, toutefois, jura qu'il avait sauvé la patrie et maintenu le pouvoir; le peuple l'applaudit, et Caton le salua du nom de père de la patrie d . Cela n'empêcha pas Métellus et son parti, à chaque occasion, de répéter leurs reproches au consul et au sénat, et de dire : « Cicéron n'a pas le droit d'ôter la vie à des citoyens; le sénat n'a pas le pouvoir de condamner sans