Suétone, Vie de César, ch. xyï
surpassé lui-même par ses victoires et ses conquêtes en Asie. La crainte et la jalousie empêchèrent l'aristocratie de rendre hommage à Pompée absent. De son côté , César comprenait que Pompée ne lui était point dangereux tant qu'il persistait dans ses rapports peu naturels avec le peuple, et qu'il prenait, dans son aberration, du clinquant pour de l'or. Par l'intermédiaire des tribuns Labiénus et F. Ampius Balbus, il fit donc rendre un plébiscite, d'après lequel le consulaire devait porter — aux jeux du Cirque une couronne de lauriers, la parure complète du triomphe, — au théâtre, la couronne , et comme les magistrats, la prétexte. Ces événements s'étaient passés en l'année 63.
L'action du triumvirat, de cette sorte de monarchie, se fit sentir dès l'année suivante de sa formation, lorsque César arriva au consulat. 11 supprima ostensiblement toutes les formes et retira à son collègue Bibulus toute participation à l'administration. Le pouvoir monarchique était à la vérité divisé entre trois personnes , mais ce ne fut qu'accidentellement et il ne dura que le temps qu'un des trois se fût fait sa part d'influence, de finances, de commandement militaire assez considérable pour se débarrasser sans danger de ses collègues. Alors César, seul destiné à recueillir l'héritage de la monarchie, poursuivit droit son chemin dès ce moment et d'une manière incessante, surtout à partir de son consulat. II toucha à son but, quoique des deux hommes qui avaient formé le triumvirat avec lui, Pompée, seul à craindre, se fût précipité de nouveau dans l'aristocratie de toute son élévation, dans le seul but de pouvoir, avec cette aristocratie, résister plus puissamment. Se prêtant , pour leur ambition parti-