CHAPITRE II
Comme il désirait paraître en bonnes relations avec les grands, de peur d'encourir leur haine, il leur déclara souvent qu'il ne proposerait jamais rien qui ne leur fût pas profitable à eux-mêmes 1 . Mais cette apparence de modération s'évanouit à leurs yeux dès l'instant où il osa faire des motions qu'on n'avait l'habitude d'entendre que, de la bouche de tribuns effrontés 2 . César obligea d'abord le peuple, puis les chevaliers, ensuite Pompée 8 ; plus tard il demanda des provinces au moyen desquelles il pût ceindre le diadème royal. Pour atteindre à ce but, il s'était fait nommer consul, et le consulat décidait de son avenir. Ses ennemis durent apprendre qu'on ne contrariait plus ses plans impunément. Bibulus, le collègue de César, voyant qu'il n'aboutissait à rien par son opposition , se retira dans sa maison et resta dans l'inaction ; Caton affirmait ce qu'il avait condamné ; Lucullus, dans la crainte d'une accusation de concussion dans son gouvernement, s'humiliait, et Cicéron enfin s'exila lui-même.
César seul , non encore fortifié par des victoires , était plus puissant que la République entière *. Ses suppôts étaient prêts à lui obéir : Pompée , Crassus, Servilius Cépion , auquel il fiança sa fille Julie 5 , le préteur Q. Fufius qui lui était dévoué avec enthousiasme, secondé et soutenu par plusieurs de ses collègues, le tribun du peuple P. Vatinius, mercenaire qui surpassait tous ses collègues en audace et qui sans honte prit sur lui l'ignominie et l'in—
1. Dion Caufa», liv. XXXVIII, ch. i. — Appien, Guerres civiles, liv. Il* ch. x.