‹ Le grand perturbateur romain CésarChapitre 86 sur 289 · Suétone, Vie de César, ch. liv · texte numérisé non relu

Suétone, Vie de César, ch. liv

sait que la lex Julia de pecuniis repedtndis, date de Tannée 59. Cette loi punissait l'attribution illégale de choses par des fonctionnaires provinciaux et leur suite, par des magistrats municipaux qui auraient mésusé de leur position, de leur autorité ou de leur influence. Le citoyen romain, le provincial et l'allié qui dépendait de ces fonctionnaires et magistrats, ou qui était en rapport avec eux, devait être misa l'abri d'une décision partiale ou arbitraire en cas de discussions ; le trésor devait, par cette oi, être sauvegardé de pertes, et l'État en général des préjudices d'une administration civile et judiciaire exercée sans conscience. La loi prescrivait les frais de voyage et les appointements des gouverneurs, ce qu'on leur devait en logements, dépendances, bois et sel, et ce qui revenait aux gens de leur suite, leurs subordonnés et leurs acolytes ; elle ordonnait encore les écuries et le fourrage pour leurs chevaux et leurs bêtes de somme. Cette loi ne touchait donc en rien les chevaliers; elle fut louée par Cicéron qui ne voyait pas qu'elle atteignait les grands, tandis que le rusé César cherchait à éloigner tout soupçon sur les intentions qu'il avait d'agir dans les provinces selon son bon plaisir. Cette loi déterminait encore que tout gouverneur ne devait point franchir les limites de sa province, ni les laisser franchir à son armée, ni entreprendre de guerre, ni enfin s'immiscer dans les affaires des États voisins, sans en avoir reçu Tordre soit du peuple, soit du sénat. Il ne lui était point, non plus, permis de demander de bas or comme subside aux dépenses de son triomphe, si le sénat n'avait auparavant autorisé cette demande. En quittant son gouvernement il devait déposer des comptes dans deux

d*f> HISTOIRE DE CÉSAR.

villes de sa province et un autre parfaitement identique au trésor public 1 .

Le tribun stipendié, P. Vatinius, proposa plusieurs rogalions qu'on peut attribuer directement à César : telle est la lex Yatinia de altemis consiliis rejiciendis. Elle permettait non-seulement de ne pas récuser certains juges, mais elle donnait la latitude au plaignant et à l'accusé de récuser à la fois tous les juges. César fit encore voter d autres lois qui lui étaient entièrement personnelles et qui diminuaient l'autorité du parti conservateur, lois que leur auteur était déterminé à ne pas observer pour son propre compte; et tandis que ces lois étaient discutées, il ne cessait de caresser et de s'attacher le peuple par les moyens ordinaires et vulgaires qui mènent à la popularité. Il empruntait de nouvelles sommes, donnait des jeux, des combats d'animaux et d'autres divertissements à la multitude, qui surpassaient tout ce qu'on avait vu auparavant dans ce genre*. Il s'agissait en ce moment pour lui d'obtenir le gouvernement d'une province qu'il avait convoitée depuis longtemps. Tous ses efforts tendaient à obtenir cette province avec les pouvoirs les plus illimités, pouvoirs qui devaient le faire acheminer au but vers lequel il avait tendu toute sa vie. Tandis qu'il se donnait l'apparence de ne rien vouloir pour lui, qu'il se disait satisfait de sa position, d'autres le louaient comme l'homme le plus indispensable et le plus capable. Ses amis propo-

1. Plutanjue, Vie de Caton min., ch. xxxvm. — Dion Cassius, 1. XXXIX, ch. xxin. — Cicero, ad Attic. G, 7. Lettres fam.. u, 17, v, 20: în Pi. son., 2f>.

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