‹ Le grand perturbateur romain CésarChapitre 93 sur 289 · Valérius Maximua, I. III · texte numérisé non relu

Valérius Maximua, I. III

Fabattre. Que fit César? 11 resta trois mois devant Rome afin de soutenir Clodius qu'il avait lancé sur Cicéron. Enfin le crime triomphe, Cicéron part pour l'exil après que César eut déclaré, avec modération , au peuple assemblé par le tribun aux portes de Rome, qu'il approuvait la conduite de Clodius. C'était au commencement du mois d'avril, avant le jugement de Cicéron ; aussitôt César partit pour sa province. Dès ce moment, Clodius pensait avoir réglé son compte avec les triumvirs, puisqu'il n'avait plus besoin d'eux. 11 ravit à Pompée son prisonnier, l'Arménien Tigranes, et l'assiégea dans sa maison. Pompée sentit qu'il avait besoin de Cicéron; mais auparavant il fallait consulter César, et César trouvait que l'exil devait encore durer. Ensuite, l'embarras de Pompée devait empêcher sa rupture avec les deux autres hommes qui composaient avec lui le triumvirat. Après que Cicéron eut quitté Rome, Clodius fit brûler ses maisons de campagne, ainsi que son habitation en ville, à la place de laquelle il commença à bâtir un temple consacré à la Liberté : le reste de sa fortune fut séquestrée, et son exil dura onze mois; il devait s'éloigner de Rome à une distance de 500 milles (736 kilomètres).

Au commencement du mois d'avril de l'année 58 avant l'ère vulgaire, César se mit en route pour sa province, comme nous l'avons dit. Quoique les auteurs gardent le silence sur son itinéraire, il y a lieu d'admettre qu'il alla de Rome à Sutrium, qu'il passa par Clusium , Arretium, Florentia, Rononia, Placentia, Ticinum, Augusta Taurinorum, Segusio, Ocelum, Brigantio, Rama, Eburodunum, Caturiges, Vapincum, le

Mous Seleucus, Dea Vocontiorum, Vienne et Lyon 1 , Après un voyage de huit jours, îl arriva sur les bords du Rhône', et bientôt après à Genève. César passa les Alpes Cottiennes, en suivant la route stratégique dont parle Strabon, et qu'il dit passer à travers le territoire des Voconces 3 . Il n'alla pas plus au nord, il ne traversa pas le mont Cenis, parce qu'il y aurait rencontré les Centrons et les Graïocèles qui lui étaient très-hostiles ; quant aux Caturiges, peu nombreux, ils étaient moins à craindre.

Durant la guerre des Gaules, il y avait à Rome une administration républicaine très-peu puissante, des troubles continuels que les partis tenaient à perpétuer plutôt qu'à rechercher la paix et la tranquillité. Dans une des provinces de la République ébranlée, on voyait un général maître absolu, avec le pouvoir impérial, d'un pays qui ne le cédait ni en étendue, ni en importance à l'empire le plus puissant. Ce général avait un esprit supérieur, une ambition sans bornes, une résolution inébranlable, une cruauté terrible quand il la jugeait opportune ; il agissait comme un despote en feignant des sentiments démocratiques; il disposait de la province commise à son administration comme bon lui semblait, et il fondait sur son armée une puissance illimitée au moyen de la victoire, de la conquête, du sang et du pillage.

1. De Rome à Sutri, Chiusi, Arezzo, Florence, Bologne, Plaisance, Pavie, Turin, Suie, Oulx, Briançon, Rame, Embrun, Chorge», Gap, Mont Saléoa, Die, Vienne et Lyon.

2. Plutarque, Vie de César, ch. xvii. — César, Guerre de* Gaules, 1. I, ch. vii.

Page 1