‹ Le grand perturbateur romainChapitre 105 sur 277 · IS · texte numérisé non relu

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orgueil et le préoccupait de l’idée que cette gloire récente éclipserait de beaucoup la sienne. C’était avec une vive approbation qu’on apprenait à Rome et qu’on louait les faits d’armes de César dans les Gaules, et on les élevait même au-dessus de tous ceux du passé. On décrétait de fortes sommes à l’usage du proconsul des Gaules, quoiqu’il fît semblant de n’en avoir pas besoin. Il envoyait au contraire à Rome de l’or, de l’argent et d’autres choses précieuses provenant du butin fait dans les Gaules, pour corrompre et gagner à sa cause les édiles, les préteurs, les consuls et leurs femmes'. Et Rome entière saluaità l’unanimité le soleil levant. Quant à Pompée, il croyait devoir à Crassus les humiliations qu’il venait d’éprouver, car il se souvenait combien il l’avait mortifié autrefois; Cicéron se retirait de lui pour ne pas se brouiller davantage avec les grands. Il ne pouvait donc pas, après que ses intrigues furent mises à découvert, s’adresser à aucun autre mortel qu’au faux ami qui l’avait égaré dans ce labyrinthe inextricable. Pompée quitta donc momentanément Rome pour acheter du blé en Sicile et en Afrique ; mais auparavant il se rendit à Lucques pour tenter de se procurer le consulat, quelques provinces et une armée. Avant l’entrevue de Pompée avec César, à Lucques, Crassus en avait eu une autre avec ce dernier à Ravenne; il rendit compte des projets de Cicéron, et César de son côté amena la réconciliation de ses deux collègues du triumvirat. De Ravenne, Crassus se rendit à Lucques*.

1. Dion r.a«iiuii, I. XXXIX, ch. xxv. — Plutan|ue, Vit de Pompée, eh. Li.

2. Suélone, rie de Cétar, ch. xxiv. — Plutarque, Vie de César, ch. xxi.

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Les ell'orts que faisait Pompée pour s'opposer à l’élévation croissante de César furent la cause de sa liaison plus intime avec Crassus, Les vieux ressentiments se turent, et ils convinrent d’exercer ensemble le consulat l’année suivante, qui était l’année 55 avant l’ère vulgaire ; ils espéraient que, réunis, ils vaincraient plus facilement rantagoniste commun Mais le consulat ne pouvait s’obtenir sans le consentement de César, et la conférence de Lucques eut le succès désiré; toutefois César y travailla dans son propre intérêt. S’il prêtait son appui aux deux triumvirs, il faisait repousser le candidat rival, L. Domiiius Ænobarbe, homme opiniâtre et bien appuyé, qui, aristocrate consommé et considérable, avait menacé que, s’il était consul, il enlèverait l’année à César-. Mais, en échange du consulat. Pompée et Crassus devaient faire assurer à César le proconsulat des Gaules pour cinq autres années, et cette prorogation s’effectua^ ; il demandait en outre que la solde fût payée aux soldats qu’il avait levés de sa propre volonté*.

Le séjour de César à Lucques ressemblait à celui d’un souverain ; on y voyait des magistrats et des gouverneurs de provinces, parmi lescpiels le propréleur de Sardaigne, Appius ClaudiusetQ. Métellus Népos, proconsul de l’Espagne citérieure. Tout ce monde cberchait des emplois et des provinces par l’entremise de César ; on tentait au moyen de ses richesses, de pou-

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