‹ Le grand perturbateur romainChapitre 110 sur 277 · Dion 1. XXXIX* ch. xx\i · texte numérisé non relu

Dion 1. XXXIX* ch. xx\i

HISTOIRE DE CÉSAR

contre le sénat. Ils auraient dû fiivoriser enfin Pompée parce que son caractère particulier ne lui permettait de gouverner ni comme chef populaire ni comme roi, de satisfaire autre chose que sa vanité, de n’avoir dans la république une autre place que la première et de saluer aucun maître. Voilà ce qu’enseignait le passé; un avenir facile à dévoiler allait en donner la preuve.

Ainsi que son parti, M. Caton ne voyait que l’apparence extérieure de la chose; une conjuration existe contre l’État, deux conjurés veulent, comme le voulait autrefois Catilina, mettre h exécution leurs projets de consuls; dans ce cas, il s’agissait donc de faire obtenir la plus haute dignité à un homme dont la fidélité ne s’était point démentie. Au jour des comices, le parti de Pompée tendit un fdége à L. Domitius Ænobarbe, son compétiteur; ce dernier se présenta le malin de trèsbonne heure, à la lueur des torches, dans les envirbns du champ de Mars; celui qui marchait en tête et qu éclairait le petit cortège de Domitius fut tué; après lui, d’autres furent blessés, toute la suite s’enfuit, Caton et Domitius seuls restèrent. Domitius voulait également abandonner la place; Caton lui saisit le bras, le retint, et l’engagea à continuer la lutte pour la liberté contre les tyrans, tant qu’il aurait un souffle de vie; contre les tyra«is qui, par l’exemple de tels crimes pour se frayer la voie au pouvoir, montraient clairement comment ils en useraient quand ils le posséderaient. Caton fut lui-même blessé au bras droit, et enfin lui et son client s’en allèrent. Ce fut de cette manière que Pompée et Crassus devinrent consuls une se-

HISTOIRE HE CESAR

conde fois'. Mais leur victoire n’allait pas être complète si leurs adversaires se saisissaient des autres dignités et magistratures publiques, et surtout si Caton devenait préteur, ce qu’il regardait dans les circonstances actuelles comme un devoir. Au moyen de corruption, les deux triumvirs firent repousser Caton de la préture, poussèrent en avant P. Vatinius, parce que Caton était l’ennemi juré de César, tandis que Vatinius était son ami dévoué, et parce qu’il avait été un puissant instrument pour l’élection de César au consulat. Dans une circonstance, Caton et l’aristocratie avaient corrompu le peuple, pour que Bibulus tînt en bride, comme consul, son collègue César; maintenant le crime lui apparut sous un autre jour, et l’on songea au moyen de préserver Vatinius d’une accusation. Le Sénat fut donc amené le 1 1 février, sur l'avis du consulaire L. Afranius, à rendre un décret, d’après lequel les magistrats dont l’élection s’approchait devaient immédiatement entrer en fonction après cette élection, et quand plusieurs sénateurs demandèrent instamment que les préteurs restassent soixante jours dans la condition de simples citoyens, les consuls n’y firent aucune attention, parce que l’intention de citer devant les tribunaux leurs adhérents parmi les consuls, était on ne peut plus claire. Dès le début des votes, la chance se montra en hiveur de Caton : Pompée les interrompit, il prétendit qu’il venait de tonner, et, après une nouvelle distribution

I. Plutarque, Vie île Caton min., ch. XLi, XLil. — Id., Fie de Pompée, ch. LU. — Ap|)ien, fiiirrm eifilet, I. II, *h. xvii. — Dion Casaius, I. XXXIX, ch, XXXI.

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d’argenl, l’assemblée donna la préture à Vatinius. Il n’y eut pas de sang répandu à celte occasion, parce que Caton ne voulut pas faire agir la force : les nobles l’accompagnèrent en grand nombre jusqu’à sa demeure*.

Quant aux comices pour l’élection des édiles, ils ne se passèrent pas d’une manière aussi paciflque. L’aristocratie, qui voulait conserve^ quelque influence par les moyennes magistratures, parut dans l’arène électorale avec des soldats, et plusieurs de ses membres furent tués dans les mélées qui eurent lieu. Le sang coula auprès de Pompée qui était présent; ses habits en furent atteints, et lorsqu’il envoya ses esclaves chez lui pour en chercher d’autres, Julie, qui était grosse, reconnaissant le manteau de son mari et appréhendant quelque grand malheur, s’évanouit ; elle ne recouvra ses sens qu’avec peine; la peur l’avait accablée d’une manière si violente, qu’elle fit une fausse couche. Quelque temps après, elle redevint enceinte, mit au monde une fille et mourut en couches. L’enfant ne survécut que quelques jours à la mère. Parmi les tribuns élus, CaïusAtéius Capelo et Publius Aquilius Gallus furent du parti de la noblesse.

Après de longues humiliations, qui avaient commencé avec son triomphe, lors de son retour d’Asie et en dépit du triumvirat, humiliations qui avaient continué comme conséquence même de ce triumvirat. Pompée se sentit de nouveau élevé, grâce, il est vrai, à la puissante intervention de César ; mais l’action de César ne le blessait pas, parce qu’il considérait sa position actuelle comme

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