‹ Le grand perturbateur romainChapitre 155 sur 277 · Appicn, Guerres civUeSy I. Il, ch. xxmii · texte numérisé non relu

Appicn, Guerres civUeSy I. Il, ch. xxmii

HISTOIRE DE CÉSAR

bonne mesure est prise on l’exécute avec mollesse et lenteur; Pompée était obligé de choisir scs lieutenants selon le rang et non selon les capacités, tandis que, dans le parti de César, celui-ci agit avec énergie et pénétration ; personne ne devait y avoir la parole que lui, toutes les mesures y étaient prises pour frapper un coup décisif et non ptir des gens prenant une petite part aux dissidences et aux disputes; on n’avait pas besoin dans le parti de César d’c.\lon|ucr de l’argent et des subsistances, de lever forcément des soldats.

Après le départ des tribuns, pendant les jours suivants, le Sénat s’assemble encore hors de Rome. Pompée y loue le courage et la fermeté du Sénat ; il énumère ses forces; il a toutes prêtes dix légions; en outre, il sait d’une manière certaine que les soldats ne sont pas attachés à César. De nouveaux sénatus-consullcs autorisent Pompé'c de faire des levées par toute l’ilalie, mettent le trésor public à sa disposition, exigent de l’argent des villes municipales'. Ensuite l’on s’occupe de la distribution des provinces; L. Domilius Aenobarbe, nommé successeur de César déjà antérieurement, est confirmé dans le gouvernement de la Gaule transalpine; on donne la Gaule citérieure à N. Considius Nonianus, la Syrie à Mélellus Scipion, la Sicile à M. Caton, la Sardaigne à .M. Aurelius Cotta, l’Afrique à L. Aelius Tuberon et la Cilicie à P. Sexlius.

L’illusion d’abord secrète du triumvirat, mise ensuite ostensiblement en action par lui, allait en s’évanouis-

1. Appien, Guerres civiles, I. II, cli. xxuv. — Ciisar, Guerre civile, 1. I, cil. VI. — Cicero, ad Divers., XVI, ii.

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sant. Les armes durent décider de l’ambition de deux hommes qui rivalisaient pour donner à leurs elTorls personnels, l’apparence de tendre au bien public. L’opposition séculaire et tranchée entre le parti populaire et l’aristocratie n’existait plus. Le Romain ne savait en général ce qu’il voulait, puissance corrosive de l’antagonisme dynastique avait anéanti les anciennes ruptures politiques et civiles, ou bien les faisait concourir à satisfaire des individualité^ égoïstes. Le sénat ne possédait plus les vertus d’autrefois; l’orgueil envers les faibles et l’humilité envers les puissants, étaient restés comme des résidus funestes. Le peuple compromis depuis des années dans les troubles du tribunat et soumis à l’ambition de favoris haut placés, n'avait conservé du sentiment passionné de ses droits de souveraineté, qu’un penchant obscur pour les nouveautés ; il avait même sacrifié le plaisir des dangers de la guerre à la manie des plaisirs de tous genres de la ville. 11 n’y a donc pas lieu de s’étonner que Pompée ne voulut se soumettre au peuple ni César au conseil d’Élat et (jue pour dissimuler leur égoïsme, le premier proclamât l’atteinte portée au sénat, le second parlât des attentats criminels aux droits sacrés du tribunat. Voilà ce qui égara les principes politiques de la plupart des citoyens romains et ce qui les fit entrer dans le courant des événements sans aucune mesure et sans aucune moralité.

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