‹ Le grand perturbateur romainChapitre 154 sur 277 · Appien, Guerres civiles, I. II, cil. XXXII · texte numérisé non relu

Appien, Guerres civiles, I. II, cil. XXXII

HISTOIRE DE CËSAR. 2io

César n’eùl point de prétexte pour faire la guerre. Dans le Sénat on considéra le résumé de la missive de César comme une déclaration de guerre ; les débats s’engagent sur la situation de la République et l’avis de Scipion prévalut : César devait licencier son armée à un jour fixé, et s’il s’y refusait, il devait être considéré comme ennemi de la patrie ' : uti ante cerlam dieni Cœsar exercitum dimittal : si non facial, ewn adversus rempublicam facturum videri. Cet avis ne fut pas converti en décret, parce que les tribuns M. Antoine et Q. Cassius, intercédèrent et y mirent leur veto; on ouvrit des avis pleins de violence, et plus les mesures qu'on proposait étaient acerbes plus on était applaudi par les ennemis de César*. Afin de mettre au grand jour le péril dans lequel se trouvait l’État, le Sénat décide de revêtir le deuil : les tribuns protestent en vain contre ce projet. Pompée qui n’avait pu assister aux séances du Sénat parce qu’elles s’étaient tenues dans la ville, manda les sénateurs dans un des faubourgs : il félicite les uns et tes encourage pour l’avenir; il réprimande et excite ceux qui se sont montrés timides. En même temps, il rappelle de tous côtés un grand nombre de vétérans de ses armées; la plupart des soldats des deux légions envoyées par César sont également appelés sous les drapeaux. Rome est remplie de gens de guerre. Sous leur protection, le Sénat se rassemble encore plusieurs fois, les amis des consuls et les partisans de Pompée s’y trou-

1. César, Guerre civile, I. I, ch. ii. — Appien, Guerre* civiles, 1. Il, ch. XXIII.

2. César, Guerre civile, 1. I, ch. il. — Appien, Guerres civiles, I. Il, ch. XXXII.

HISTOIRE DE CÉSAR

vent en nombre considérable; les tribuns Antoine et Cassius y paraissent aussi. Toutes choses y furent précipitées; au lieu d’une réflexion mûrie et tranquille, on y vit l’impétuosité des adhérents échauffés de Pompée, celle d’un Lentulus, d’un Scipion et autres. Enfin le six janvier amène à la longue une solution. On s’arrête à Rome à une décision qu’on ne prenait à Rome que dans les cas les plus critiques. On rendit donc le sénatusconsullc suivant : Dent operam consules, prœtores, tribujii pie bi K, quiqne comulares sunt ad urbein, ne quid respub/ica detrimenti eapiat : que les consuls, les préteurs, les tribuns du peuple, et les consulaires qui sont près de Rome, veillent à ce que la République ne reçoive aucun dommage'. Les tribuns qui s’opposaient vivement à ce s(';natus-eonsulte furent engagés par le consul à s’éloigner, afin (ju’il ne leur arrivât rien de pire. On commit la faute de ne pas réfléchir que tout sénatus-consulte était nul quand on ne permettait pas aux tribuns la pleine jouissance de leur droit d’intervenir {jm intercedendi), et ceux-ci saisirent avec joie ce prétexte pour fuir à Ravenne et exhorter César, au nom du peuple, à maintenir la constitution. Pour faire ce trajet, ils prirent le costume des esclaves et franchirent la distance dans une voiture de louage'*.

A ce moment on aperçoit la grande différence qu’il y avait entre les deux partis : dans celui de Pompée, toute résolution est examinée et pesée subtilement, on y rejette souvent ce qui était sage et politique. Quand une

1, César, Guerre civile y 1. I, cli, v. — Dion Cassius, 1. XLI, ch. iii.

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