‹ Le grand perturbateur romainChapitre 18 sur 277 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Pompée, qui, dans sa jeunesse, vit avec douleur sa réputation de guerrier obscurcie par celle autrement éclatante de Sjila ; dans un âge plus avancé, ce fut ce môme Pompée qui rétablit les droits antiques du tribunal, limités par la sagesse de Sylla, et qui servirent si eflicacement les projets de César. La force de la vérité est si grande, que Salluste * fait à plusieurs reprises l’éloge de Sylla ; mais cet ami de César ne lui reproche que dans des déclamations de rhétorique et de pure complaisance les violences qu’il est censé avoir exercées. Tite-Liveécrivait quelques années avant l’ère vulgaire. Pour quelles raisons ceux des livres de son histoire qui contenaient l’époque de Sylla, n’ont-ils point été conservés ? Serait-ce que les premiers Césars eurent intérêt à ce qu’ils ne fussent pas connus des Romains? Pourquoi les annales de Lucius Fenestella, mort en l’année 21 de l’ère vulgaire, ont-elles été perdues Pourquoi les mémoires ou commentaires en vingt-deux livres écrits par Sjlla lui-même n’existent-ils plus? On n’en laissa prohablemenl subsister que les exemplaires qu’on no put atteindre. César avait intérêt à faire oublier aux Romains une époque et un homme qui dilTéraient si essentiellement de la sienne et de lui. Le .savant, l’honnéte, l’inappréciable Plutarque, qui écrivait ses biographies dans le premier siècle de l’ère vulgaire, ne voyait l’histoire de Sylla qu’avec les couleurs favorites de la cour impériale, et scs

1. Dans l'édition de la traduction française de Salluste faite sous la direction de M. Nisard, 180 , on lit dans la préface que Salluste était né on l’an de Rome 668 (86 avant l’ère vulgaire); et p. 26, qu'il mourut dans un âge asscs avancé, l’an de Rome '72. Il aurait donc eu 104 ans? Il est réellement mort à l'âge de 50 ans.

î. Plutarque, Vie de Sylla, cli. vi, ïiv, xvii, ixvii, xxxvii. — Vie de Marins, ch. x\v, xxxv.

CËSAR.

détails biographiques sont souvent tirés de son imagination. Yelléius Paterculus, vil flatteur d’Âuguste et de Tibère, déclame en rhéteur contre Sylla, et n’est nullement véridique sur son compte. Ses élucubrations sentimentales et basses ont été faites pour plaire aux empereurs sous lesquels il écrivait ; et l’on sait qu’il fut obligé de mentir souvent. Tacite écrivait plus d’un siècle, Appien et Dion Cassius, trois siècles après Sylla: les sources étaient déjà troublées.

Pour les républicains de tous les partis, Sylla était l’instigateur primitif de la chute de la République romaine, parce que le premier, il saisit la puissance souveraine par les armes. Toutefois , dans la lulte qui se termina avec l’anéantissement de la République, ce ne fut pas le parti en tête duquel s’était trouvé Sylla qui vainquit définitivement. Jules César et son successeur donnèrent une fausse base démocratique au trône. , le nom de la chose sans la chose. Le nom de Sylla pouvait être inopportun [X)ur plus d’une raison à la race des Césars ainsi qu’aux empereurs leurs successeurs ; à ce nom se rattachaient tant de souvenirs du passé que le peuple devait oublier, quoiqu’ils fussent souvent en corrélation intime et directe avec le présent ! Il est digne de remarque que Zonare*, historien d’une époque bien postérieure, puisqu’il est du xii* siècle de l’ère vulgaire, s’excuse de son silence sur les temps de Sylla et de Gracchus, en disant qu’il n’a pu trouver d’ouvrages historiques sur ces temps. Il y a donc lieu d’admettre qu’ils furent en grande partie anéantis, à dessein.

Le nom de Sylla était allié aux victoires remportées

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