‹ Le grand perturbateur romainChapitre 203 sur 277 · Hirlius, Guerre d’Afrique, ch. lxxiti · texte numérisé non relu

Hirlius, Guerre d’Afrique, ch. lxxiti

HISTOIRE DE CÉSAR

bandonncr. Quant à lui, il résolut de rester, sans espoir toutefois de vaincre son ennemi. D’un autre côté, il ne craignait pas César : mais il aimait trop la liberté et il avait trop de fierté pour accepter la clémence d'un autre; ensuite il envisageait celte clémence comme plus insupportable que la mort. Quant à son (ils, il lui conseilla d'aller rejoindre César. Lejeune homme lui ayant demandé pourquoi il ne faisait pas lui-même ce qu’il lui conseillait, Caton lui répondit : « Je suis né dans des temps où l’on osait librement agir et parler : je ne puis, dans mes vieux jours, m’accoutumer à une transition subite à rasservisscmenl ; mais toi, tu es né dans l’ère nouvelle, lu y as été élevé, il faut que tu te familiarises avec l'esprit de Ion siècle'.

Dans la nuit qui suivit cet entretien, Caton, l’homme d’honneur, l’homme du res|iect pour le droit et le devoir, le grand républicain intègre, se perça de son épée. Il suivit sa maxime stoïcienne, i|u’il est grand de mourir comme on a vécu : il suivait en cela la conviction de tous les hommes supérieurs de rantiijuilé. « Caton, en Afrique, fut dans la même situation que ceux de ses compagnons d’armes qui se livrèrent à César. Eh bien! tandis que ceux-ci eussent été peutêtre coupables de se donner la mort, parce que leur vie avait été moins austère, et leurs mœurs plus faciles, Caton, qui avait reçu de la nature une sévérité inflexible, fortiflée encore par une constance continuelle, Caton qui avait toujours été inébranlable dans ses principes et dans ses devoirs, Caton dut mourir plutôt que

1, Dion Coasiui, I, XLIII, ch. x.

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de supporter la vue d'un tyran » En comparant la morale de cour de Cicéron, la crainte qu’il témoigne, l’abaissement que, d’après son propre aveu, il pratique selon les circonstances, avec le calme et la tenue du défenseur inflexible des formes antiques, on peut se convaincre combien Caton avait d’élévation au-dessus de son siècle, combien sa supériorité lui était puissante. Et cette crainte de Cicéron provenait de ce que César, croyant un exemple de sévérité nécessaire, laissa massacrer sous ses yeux, non-seulement les soldats qui l’avaient combattu, mais encore les chefs, parmi lesquels fut Faustus Sylla, parce que, par ce moyen seul. César croyait pouvoir confisquer ses grandes richesses, dont il avait besoin pour l’exécution de ses desseins futurs.

Quelles que soient les phrases de rhétorique plus ou moins sensibles que César balbutia, lorsqu'il apprit la mort de Caton, sa sensibilité fut peu sincère ni profonde. Il n’eut pas honte de s’efforcer de salir la mémoire de Caton par un pamphlet fielleux en réponse à un panégyrique qu’en avait fait Cicéron. D’après le témoignage de Crémutius Cordus, le dictateur César répondit au livre de Cicéron par un discours écrit, comme devant des juges". Dans son Anti-Caton, César eut l’impudence de l’accuser d’avoir passé les cendres de son frère au tamis, pour recueillir l’or qui aurait pu s’y trouver’; César méconnut entièrement dans ce pamphlet la dignité de l’histoire.

Caton qui voulait être vertueux au lieu de le paraître.

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