‹ Le grand perturbateur romainChapitre 210 sur 277 · Florut, I. IV, ch. II · texte numérisé non relu

Florut, I. IV, ch. II

HISTOIRE UE CÉSAR

fit pas l’objel d’un triomphe. Dansce quatrième triomphe figurait le jeune Juba, fils du roi du même nom ; ce jeune homme devint plus tard très-savant et écrivit sur l’histoire; Pline l’ancien profita de ses œuvres dans ce qu’il rapporte sur l’Afrique et l’Arabie.

Les victoires de Lucullus et de Pompée, les campagnes de César avaient fait affluer toutes les richesses de l’Orient et de l’Occident dans le trésor public de Rome. César se vantail d’avoir augmenté d’un tiers les revenus annuels de l’état. Selon Appien, il avait déposé dans le trésor romain à la suite de ses triomphes presque le double du revenu public et annuel. Le même auteur rapporte que les dépouilles se seraient montées à soixante cinq mille talents tandis que Velléius Paterculus ne les estime qu’à six cent millions de sesterces, ce qui parait une évaluation trop basse. A cette somme considérable, il faut encore ajouter 2822 couronnes d’or, qui pesaient ensemble environ 20414 livres.

Rome entière fut conviée à un festin servi sur vingtdeux mille tables. Pour ce festin A. Hirrius offrit six mille murènes : on servit du vin de Phalerne dans des amphores et du vin de Chios dans des cadi ou vases à vin. Outre les deux grands sesterces (420 fr.) que César avait fait compter à chaque fantassin des légions de vétérans, à litre de butin, au commencement de la guerre civile, il leur en donna vingt mille ordinaires (4200 fr.). 11 distribua au peuple dix boisseaux de blé par tète et autant de livres d’huile, avec trois cents sesterces qu’il avait promis autrefois et auxquels il en ajouta cent autres pour compenser le retard. Il remit les loyers d’un an dans Rome jus<{u’à la concurrence de deux mille

HISTOIRE DE CÉSAR. 3i:i

sesterces (420 tr.) et dans le reste de l'Italie, jusqu’à celle de cinq cents (lUo fr.). César assigna aussi des terres aux vétérans, niais non contiguës; ce n’était point pour ne pas dépouiller les possesseurs, mais pour empêcher plutôt des révoltes. César fit faire le recensement ou dénombrement du peuple par quartiers d'après les rôles des proprietaires des maisons. Le nombre de ceux à qui l’Ëtat fournissait du blé fut réduit de trôis cent vingt mille à cent cinquante mille; et pour que la formation de ces listes ne pût être à l’avenir l’occasion de nouveaux troubles, il établit qu’avec ceux qui n’y seraient pas encore inscrits, le préteur pourvoirait chaque année, par la voie du sort, au remplacement de ceux qui seraient morts dans l’intervalle Ml supprima toutes les communautés , corporations, collèges de prêtres, d’augures, d’artisans, hormis ceux dont l’institution remontait aux premiers âges de Rome. Ces communautés étaient des réunions, des clubs qui ne pouvaient être vus d’un bon œil par César et en général par tous ceux qui ont à redouter le contrôle. Ces corporations étaient la plupart composées d'hommes très-libéraux. Comme le nouveau maître de Rome favorisait d’une manière toute particulière les Juifs, dont il avait les tendances et les penchants, il les excepta de la mesure qu’il venait de prendre. On a pu voir par les faits nombreux rapportés dans les pages précédentes que César justifiait l’origine que nous lui avons donnée. Il avait les sentiments et le caractère des Phéniciens et des Puniques

I. Suétone, Vie Je César, cli. XLll. — Tlle-Live, Epiiome, cli. ciï. — Dion Cauius, 1. XMll, ch. xxt. — Appien, Cuerres ciiilrs, 1. 11, ch. en.

HISTOIRE DE CÉSAR

et rien de cette grandeur qu’on trouve dans l’iiisfoire des hommes célèbres de la Grèce. Nous aurons encore à revenir sur ce point.

César donna aussi des spectacles de divers genres et des combats de gladiateurs. Des pièces de théâtre furent jouées dans tous les quartiers de la ville par les acteurs de tous les pays et dans toutes les langues. Il y eut aussi des jeux dans le cirque, des combats d’athlètes, une naumachie. L’annonce pompeuse de tous ces spectacles avait attiré â Rome une si prodigieuse affluence d’étrangers, que la plupart d’entre eux couchèrent sous des tentes, dans les rues et dans les carrefours, et que beaucoup de personnes, entre autres deux sénateurs, furent écrasées ou étouffe'es dans la foule *.

La satisfaction des yeux et de l’intérêt matériel furent ^es moyens par lesquels le dictateur cherchait la réconciliation de la multitude avec le despote. Malgré toutes ces fêtes et toutes ces pompes, le peuple était attristé et blessé*. César avait dit au sénat, aux portes de Rome, qu’il voulait être non un despote mais un protecteur, non un oppresseur, mais un conducteur, un administrateur La promesse de cette position paternelle sembla à beaucoup de Romains ne devoir devenir que la servitude, la soumission. « Miraris tam exhilaratam esse servitutem nostram? » écrivait Cicéron. — «Convivio delector: ibi loquor, quod insolum, utdicitur, etgemi-

Page 1