‹ Le grand perturbateur romainChapitre 225 sur 277 · I. .\iaiicii, Giieirei civiles, 1. Il, ch. cvi · texte numérisé non relu

I. .\iaiicii, Giieirei civiles, 1. Il, ch. cvi

IIISTOlUE I)E CtSAU. 3G7

avaient au moins comliallu conlic son asservissement. Dans le triomphe d'Espagne, les troplu'es étaient en tôle d’argent poli. 11 permit aussi à Fabius et à Qiiintus Pedins ses lieutenants de triompher, quoiqu’ils n’eussent rien fait par eux-mêmes. Mais les lîomains ne purent s’empêcher de vire en voyant passer dans les rues les trophées en bois de ces deux guerriers. Les Romains célébraient donc un triple triomphe sur eux-mêmes, et pendant cimpiante jours ou olTrit des actions de grâces aux dieux. Comme on avait appris la victoire de Mimda à Rome, le 20 avril, veille de la fête des Palilies ou Parilies, consacrée à Pales, déesse de réléve des bestiaux, il fut décidé qu’on célébrerait à l’avenir cette fête en mémoire de ce grand événement, comme si l'Etat avait été sauvé d’un grand danger et fondé pour ainsi dire de nouveau. César, chef de la faction marianiste, qui a eu pour fruit la corruption, parvint à aveugler la multitude au point qu’elle ne vit pas le joug que d’elleméme elle s’imposait, dit fort justement Macchiavcl.

Par l’action de César les Romains cessèrent d’étre républicains, ils devinrent serfs par eux-mêmes; César ne voulait que les brider, et les Romains se chargèrent de chaînes; le changement semblait si avantageux qu’ils se prosternèrent dans la poussière et le placèrent au rang des dieux, avant même que le cri de bataille retentit d’Espagne à Rome-, et puis, quand il voulut devenir roi, ils le poignardèrent. Personne n’osa s’entremettre pour conduire avec dignité la transition au nouvel ordre des choses. Vers cette épo.|ue, M. Rrutus

1, Maccliiarcl, Discmin sur Tile-Lire, 1. I, rli. xvi.

HISTOIRE DE CÉSAR

était de retour de la Gaule cisalpine : pourquoi garda-t-il le silence? Par l'attaque dissimulée dans l’éloge de Caton, il ne réparait rien. Pourquoi Cassius restait-il oisif à Brundusium? Le premier n’aperçut-il le tombeau de la République qu'au moment où il était indiqué par le diadème, ou bien le second se réjouit-il du suicide de la République, tant que ce suicide lui donnait personnellement des espérances?

A cette époque de sa carrière. César fut frappé d’un vertige ou d’un éblouissement qui le lança dans le ridicule. Cet enivrement des honneurs et du pouvoir provenait de l’origine de la race à laquelle il appartenait. C’est à l’ethnologie -qu’il faut quelquefois demander l’explication de certains faits psychologiques; car, en ne tenant aucun compte des renseignements que développe cette science pour certains phénomènes de l’iiistoire, on est forcé de juger sans connaissance de cause. Si rhistorien et le biographe n’établissent pas la distinction qui existe entre les différentes races ou familles qui composent le genre humain, ils ne porteront qu’un jugement arbitraire et faux sur les événements et les hommes dont ils veulent apprécier le caractère. Cette remarque s’applique essentiellement à l’histoire de Rome et aux événements que les citoyens marquants de cet empire ont fait naître. Un esprit gouverné par l’imagination mystique, ignorante, n’ayant point de sciences ni arts, aimant à vivre dans les ténèbres et danslescombinaisons aléatoires pour arriver aux richesses sans travail, faisant le trafic et Icsaffaircssans morale; cet esprit s’était répandu pacifiquement, sans violence grossière, par les Phéniciens le long de tout le littoral de la Méditerranée,

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OÙ il avait défloré la pureté, la naïveté, la justesse de pensée et d’action de tous les peuples qui l'habilaient. Carthage, plus près de l’Italie, de l’Espagne, des Gaules et des îles de la Méditerranée, finit par plonger tous CCS pays dans l’individualisme et l’anarchie. Rome à la fin a détruit Carthage, mais subit fatalement sou action. De là cette perversité punique ou arabe qu’on rencontre chez quelques Romains marquants.

llyaun abîme entre la civilisation grecqueetles idées, les principes, les tendances et lesaspirationsdeshommes obéissants au sceptre du Capitole. Car on ne peut appeler civilisation l’état ténébreux et anarchique qui a dominé pendant près de dix siècles sous le nom de République et empire romains. Les populations primitives italiques, bonnes et droites dans le fond, comme elles le sont aujourd’hui, ont été subjuguées par des conquérants durs, au caractère sauvage et pervers, qui ont dans la suite constitué le patricial des temps historiques. Romulus et Numa ne représentent que des époques entières auxquelles se forma la société civile de Rome. Le commerce, durant ces époques reculées, contemporaines peut-être d’un Thésée et d’un Agamemnon, était dans les mains d’une race éminemment relâchée dans ses principes moraux et qui pervertit insensiblement les peuples avec lesquels elle fut en contact. Il y eut une époque où toute la Méditerranée fut sillonnée par les flottes marchandes des Phéniciens, et, à coté de ces flottes qui allaient porter aux nations lointaines les produits d’une industrie superflue, coururent aussi des pirates phéniciens et puniques qui furent balayés, comme on le sait, par la marine hellénique et étrusque.

llislollll!; ÜK CtSAll.

Si l’on remarque un abiiue entre la civilisation jtrecqUe et l’ordre de choses qui régnait à Home, il y a aussi un alitme entre le caractère des Grecs et des Romains, surtout entre les hommes marquants des deux nations. C’est celte grande différence entre les deux peuples et leurs hommes célèbres qui donne le droit de ne pas l'aire descendre César d’ancétres arians. Son physique et son moral, et surtout ses passions, u’ont aücunc Similitude avec ceux d’un Cimon, d’im Aristide, d’ün Périklès, d’un Alexandre. Son intelligence seule était vigoureuse, lucide, rapide à embrasser des plus vasles horizons. Sans scrupule pour les moyens, il savait utiliser avec une grande sagacité les événements du moment. Sans respect de lui-même, il était sans pudeur vis-à-vis de ses semblables. Sans ci''coustances atténuantes, il doit-être placé parmi les Arabes, les Puniques et le* tribus qui eu participent, éparpillées sur la surface du globe. César n'a jamais possédé cette grandeur, celte dignité, cette fierté non blessante des grands hommes des beaux temps de la Grèce, celle fierté, qui loin d’inspirer la colère, commande le respect et la vénération. Insouciant de l’origine et des bases de son élévation, il puisait à n’importe qu’elle source, et lorsque celte élévation fut à son apogée, ne pouvant se contenil', il s'enivra et fut saisi comme d’un délire qui eut tous les symptômes du ridicule le plus consommé. Alors aussi il abusa du pouvoir.

La démence de Dolabella, f^smandant qu’on fll banqueroute aux créanciers et qu’on exigeât la remise d’une partie des loyers, ce qui excita la populace à se porter aux plus grands excès; l’avidité d'Alnanlius,

Dioitized bv Cooble

iiisi'oinE de cEsah.

l’ivrognerie et la bassesse d’Antoine, les constructions insoieiites de Corrinius, qui démoiit le palais de Pompée ne ie trouvant pas asse* spacieux ni assez splendide, et tant d’autres faits scandaleu.V qu’on recueille dans l’hisloire de celte époque, accumulèrent la honte sur la tête de César. « L'indignation publit|ue est Un lourd fardeau i les imprécations fatales sont le tribut qu'en tirent les rois. Les dieux ont l’œil ouvert sur ceux qui prodiguent le sang. Il vient Un jour où les noires Furies cliaiigenl l’existence de rbolnine heureux aux dépens de la justice; il s’anéantit, sa force disparaît : il est effacé du monde'. » La niaguificcUce même de Rome dans ce temps, et qui commençait à naître, jusqu’aux édifices qui s’élevaient de toutes parts, n’élaicni-ils pas les monuments de la dépravation et de la perversité? La basilique de Paul-ÉmilCj ornée de ses colonnes de Phrygie, avait été construite avec les quinze cents talents pour lesquels il s’était vendu à César. La maison et les jardins de Balbus, le paLis eu marbre de Mamurra, ornô de colonnes en marbre de Carysle à bandes onduléea vertes et de marbre blanc statuaire de Luna, étaient payés avec la spoliation et le sang des peuples vaincus, comme l’avaient été auparavant les jardins de Lucullus. Avec le butin fait dans la Gaule, Labienus avait bâti la ville de Ciugulum, dans le Picenlin. Cet immense ensemble d'iniquités devait à la longue être vengé; l’iusoleuce des parvenus dépravés était montée à son comble. Il n’était donc point étonnant que riionnèlelé se révoltât à la fin. Les Romains s’agitaient et murmuraient

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