CHAPITRE PREMIER
do sa lualsoti, et Sylla le regarda dès lors comme son ennemi. César dut d’abord se cacher, puis s’enfuir de Rome, la nuit et sous un déguisement; Cornélius Phagita lui tendait toutes sortes d’embûches et, ù la longue, il fut obligé, quoique malade, de changer toutes les nuits do retraite. 11 errait dans le Samnium lorsque, toujours poursuivi par Cornélius avec une division de soldats du dictateur, il lui olTrit deux talents et acheta ainsi -sa liberté. César partit pour l’Asie-Mineurc où il débuta pour la première fois dans la carrière militaire , sous le proprétcur M. Minucius Thermus, ausiégede Mytilène,en l’année 80. Thermus l’envoya auprès de Nieomède, roi do Bithynie, alin de ramener la flotte de ce prince. Nieomède était un roi asiatique dans toute l’acception du mot, efféminé dans le bonheur, lûche dans la détresse et les revers, Iu.xueux en toutes choses, surtout dans ses repas, sans frein dans ses mœurs. Privé une première fois du trône par Mithridatc, mais réintégré dans ses États par une armée romaine, il se conduisit en tyran, en oppresseur odieux envers ses sujets, en vil flatteur, au contraire, envers tout patricien romain. 11 mit ses soins à recevoir César avec toutes les attentions possibles. Toutes les voluptés et toutes les débauches de sa cour empruntèrent de nouveaux ressorts pour stimuler et pour exciter les passions du jeune officier romain. Elles ne séduisirent que trop instantanémentl’adolesçent. Un bruit que, dans la suite et pendant tout le reste ’ de sa vie, César ne put ni anéantir ni réfuter, que trop sou- * vent ses adversaires renouvelaient dans le Sénat et dans les assemblées populaires, bruit qu’il fut contraint d’entendre dans l’apogée de sa félicité et jusque du haut de son char de triomphateur, cC bruit rapporta toujours que César
CÊSAB.
s'élait prêté complaisamment aux plus bas désirs, aux plus viles passions du roi de Bithynie*.
Cependant, sur ces entrefaites, César avait obtenu sa grâce par l’intercession incessante et les prières des Vestales, de ses proches et de ses alliés, de Mamercus Émilius Lépidus et d’Aurélius Cotta, son oncle maternel. Sylla n’avait cédé qu’à regret après une longue résistance; aussi s'écrià-t-il par un pressentiment de l’avenir : « Eh bien ! vous l’emportez , soyez satisfaits ; mais sachez que celui dont la vie vous est si chère , écrasera un jour le parti de la noblesse que nous avons défendu ensemble; car il y a dans César plus d’un Marins. » A Pompée, Sylla avait dit : « Méfie-toi de ce jeune homme à la ceinture lâche *. 1 )
Sous le consulat de M. Tullius Décula et de Cn. Dolabella, dans les derniers jours de l'année 81, Sylla célébra son triomphe sur Mithridate. On ne vit dans le cortège que l’image de villes grecques et asiatiques; pendant le premier jour, le butin fait dans la guerre contre Mithridate, entre autres 15,000 livres d’or et 115,000 livres d’argent*; le second jour, les 13,000 liv. d’or et les 6,000 liv. d’argent que le jeune Marins avait enlevé de plusieurs temples, et entre autres de celui de Jupiter Capitolin, incendié en 83 ; Marins avait fait porter cet or et cet argent à Præneste. Le char de Sylla était suivi des proscrits les plus considérés à qui la restauration, dont il était le chef, avait permis de rentrer.
t. Suétone, Vie de César, cli. xux.
2. Macrobe, Saturnales, lir. Il, ch, m, — Dion CaMioa, IW. XLIII,
ch. xuii. — Plutarque, Vie de César, ch. j. — Suétone, K w C«ar, ch. lxv.