‹ Le grand perturbateur romainChapitre 241 sur 277 · Velléiuii Paterciilui, I. Il, ch. lvi · texte numérisé non relu

Velléiuii Paterciilui, I. Il, ch. lvi

iiisTOinE nE cfisAn. 303

qui avaient mis leur auteur en opposition tranchée avec l’ensemble de l’Iiistoiro iialionale, avec l’esprit des lois, avec les mœurs, la littérature et la poésie, éveillèrent au sein des amis mômes de César, ainsi que parmi les hommes liés avec Cicéron, le patriotisme, l’amour de la liberté, ranimèrent les restes do la fierté républicaine qui, quoique affaiblie chez le peuple, n’en était que plus vive, violente môme, dans une fraction de l’aristocratie où elle s’était réfugiée. Comme toujours, aux époques de civilisation matérielle et de décadence, il y avait à Home un contraste des plus tranchés: le développement ou la culture de rintellipence et la force d’àme de la minorité, étaient d’autant plus élevés et plus nobles, que la dégénérescence du reste du peuple était plus profonde et plus consommée.

Dans l’enivrement de ses succès et de son bonheur, Césiir ne conserva plus de réserve vis-à-vis des corps et des magistratures. H eut la faiblesse de se croire plus qu’il n’était et valait, plus qu’un conspirateur et un usurpateur heureux. Dans son ivresse du pouvoir omnipotent, il reçut, une fois assis, devant le temple de Vénus Génitrix, les sénateurs qui étaient venus en corps lui présenter les décrets les plus flatteurs*. Tout Rome en fut blessé, u Quelques écrivains, rapporte Suétone, disent (|ue Cornélius Balbus le retint comme il se levait; d’autres qu’il n’en fit meme pas le mouvement, et que C. Trébatius l’ayant averti de se lever, il jeta sur lui un regard sévère. Ce dédain parut d’autant plus intolérable, que lui-même, dans un de ses triomphes, avait mani-

I Suétone, l’ie de CHnr, rli. i.xxtiii.

HISTOIRE DE CÉSAR

fesié une vive indignation de ce qu’au moment où son char passait devant les sièges des tribuns, le seul Pontins Aquila, l’im d’eux, fût resté assis. Il s’était meme écrié : « Tribun Aquila, redemandez-raoi donc la République'. »

Le séjour de la jeune et belle Cléopâtre à Rome, dans les jardins de César, au delà du Tibre, fut un autre scandale pour les Romains. Elle était venue avec son frère qui était aussi son mari. Tout cela vivait ensemble, et l’adultère n’était même plus regardé comme un crime. Calpurnie permit sans doute ce qu’elle ne pouvait empêcher. Mais César tombait de plus en plus bas dans l’opinion publique en frondant ainsi toutes les convenances. La reine d'Égypte ne paraissait pas être une princesse tributaire, mais bien une souveraine. Elle voulait briller et gouverner à tout prix, sans observer la retenue que la prudence prescrivait. On la suspectait de vouloir entraîner César en Orient; la guerre contre les Parthes devait en servir de prétexte.

Les probabilités d’un gouvernement militaire futur étaient patentes. Età quelles mainsdevait-il être confié? César prenait pour collègue Antoine, l’être leplusabject, le plus vicieux, le plus pervers et le plus violent. Et comme s’il n’était point encore suffisant de laisser pour son lieutenant dans Rome un homme ridicule, endetté et ennemi de toute liberté, César voulait lui donner pour collègue, au moment de son départ, Lentulus I)olabella, gendre de Cicéron, jeune homme de vingt-cinq ans; il n’avait d’autre intelligence que celle de tromper

Page 1