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SCS créanciers. Il y avait eu au premier de janvier une dispute dans le sénat entre Dolabella et Antoine, , dispute dans laquelle ils s’étaient exprimés de la manière la plus grossière. Dolabella jeta môme à la face d’Antoine l’adultère de sa femme Antonia, dont lui, Dolabella, était l’amant. Par ce Irait, ou peut juger de la fange dans laquelle se vautrait une certaine portion des hautes classes de la société romaine et amie de César.
Par toutes ces causes flagrantes et leurs déductions légitimes, les restes en fermentation de la République non encore vaincue s’agrégèrent promptement avec force pour aboutir enfin au secret d’une conspiration, à l’image de celle du triumvirat formée di.x-sept ans auparavant, entre Pompée, César et Crassus. Le nombre des obligés et des créatures de César allait en augmentant, la souplesse du sénat, du sénat césarien, avili et dégradé, allait en s’étendant; la démoralisation de la multitude prenait un tel accroissement, qu’il était à craindre que les citoyens honnêtes, les gens vertueux et indépendants ne fussent asservis ou annihilés et que le pouvoir absolu put enün s’établir sur des bases non disputées. Au sentiment de quelques hommes chez lesquels s’était réfugié intact l’antique et traditionnel génie de Rome, et qui pour cette raison même étaient mus par ce génie d’une manière d’autant plus terrible qu’elle dépassait jusqu’aux bornes d’une réflexion sage, prudente et opportune, il ne se présentait qu’une idée, qu’un fait pouvant sauver la liberté, et cette idée et ce fait étaient la mort de César. De là la conjuration par laquelle il péril et qui rappelle celle (jui avait été conçue par Pélopidas, trois cent trente-cinq ans auparavant. «Il y avait un certain
HlSTOlltlî DK CESAR.
droit des gens, une opinion établie dans toutes les républiques <le Grèce et d'Italie, qui faisait regarder comme un homme vertueux l’assassin de celui qui avait usurpé la souveraine puissance. A Rome surtout, depuis l’expulsion des rois, la loi était précise, les exemples reçus ; la République armait le bras de chaque citoyen, le faisait magistrat pour le moment, et l’avouait pour sa défense*. »
Marcus Junius Brutiis, Agé de quarante et un ans, de dix-sépt ans plus jeune que César, tils de Servilie, amie de César, neveu et gendre de Caton d’Utique, respecté des gens de cœur et d’honneur, dont le nom rappelait de grands souvenirs, devint Tàmc morale et politique delà conjuration contre César. Rrulus avait toléré on silence la nouvelle direction donnée à l'État aussi longtemps qu’il ne vit pas la République en ,péril. Il était doux de caractère, résolu, d’un esprit sérieux et péné- Irant, développé par des études pbilosophiqucs profondes et surtout par la philosophie de Platon ; comme orateur il était concis et riche en idées ; du reste, un peu avide mais serviable. Sa conduite politique n’était point déterminée par les personnes, surtout dans ses rapports avec C.ésar, son bienfaiteur, mais par des sentiments solides fondés sur des principes sévères. Brutus était un Romain de vieille souche qui croyait ne devoir reconnaître
I , Montesquieu, Grandeur et décadence des RemainSf cli. Xi. « Le mc nrlre d'un lyran est un titre dn considération jiénérale, tant il est vrai que l’appréciation d'un fait repose non pas sur l’issue, mais sur le princlpt^ même et sur la connaissance des mille niolifs divers qui ont pu en conduire les auteurs. • (Polybe, I, 11, ch. lti). L’anliqultc a honoré la mémoire d'Marmodius et de Timoléon,
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d'aulre inaitre que la loi. Son penchant «e prononçait plue pour l'idéal que pour la réalité. 11 était préteur au commencement du plan de réaction républicaine.
La tète de celte réaction, tète qui concevait, combinait cl conduisait, était le second prêteur Caius Cassius Longinus, issu d’une famille patricienne, et plus âgé que Brutus. Sa vertu n’était pas aussi redoutable que son mépris pour la vre. Il était taciturne, soupçonneux, soumis tout en étant emporté et violemment colère : dans sa vie, il était lempcrant etfrugal. Il avait'déployé ses capacités militaires dix ans auparavant dans la guerre avec les Partbes. Réconcilié après la bataille de Pharsale par Brutus avec César, il le haïssait principalement parce qu’il ne lui avait pas donné le consulat promis et qu’il ne satistit pas à son ambition avide de grandeurs. Crssius était d'autant plus redoutable, qu’il avait réglé ses comptes avec la vie. Crémutius Cordus nommait, dans ses annales, Cassius le dernier des Romains'. Malgré ses sentiments bien connus, Cicéron ne fut point admis dans le complot :.’on redoutait son hésitation dans l’action*.
Ces hommes, avec les autres conjurés, n’étaient donc point des hommes vulgaires, obscurs*; ils n'étaient point non plus des rivaux ni des parvenus envieux ou jaloux. C'étaient des patriciens, des sénateurs, des préteurs, des chevaliers, des généraux, des tribuns du peuple, des gouverneurs de province, des consulaires. Cétaient des républicains qui aimaient la liberté et qui