I. Cornélius Nepos, lïe de T. P. Àliicus, ch. tiii
HISTOIRE DE CESAR
sœurs, savoir : C. Octavius* pour les trois quarts, et L. Pinarius avec Q. Pcdius pour l’autre quart. Par une dernière clause, il adoptait G. Octavius et lui donnait son nom. Il désignait parmi les tuteurs de son (ils, pour le cas où il lui en naîtrait un, la plupart de ceux qui le frappèrent. Décimus Brutus était aussi inscrit dans la seconde classe de ses héritiers. Enfin il léguait an peuple romain ses jardins auprès du Tibre et trois cents sesterces par tète (de 58 à 60 francs).
Le 19 de mars, jour fixé pour les funérailles de César, un héraut les annonça au public. On lui éleva un bûcher dans le Champ de Mars, près du tombeau de sa fille Julie et, dans le Forum, devant la tribune aux harangues, une chapelle dorée, sur le modèle du temple de Vénus Génitrix. On y plaça un lit d’ivoire couvert de pourpre et d’or, et à la télé de ce lit un trophée, avec le vêtement qu’il portait le jour de sa mort. La journée ne paraissant pas devoir suffire à la marche solennelle de tous ceux qui voulaient apporter des présents funèbres, on déclara que chacun irait, sans observer aucun ordre et par le chemin qui lui plairait, déposer ses dons au Champ de Mars. L. Pison, beau-père de César conduisit le deuil. Des magistrats en fonctions ou sortis de charge, portèrent le lit dans le simulacre du temple de Vénus Génitrix.
Antoine prononça comme consul une oraison funèbre *. Dans celle cérémonie, qui aurait dû comman-
I. Dan» la »nlle Antoine lui repnitha d'avoir arlieté au prix de aon déshonneur. l’adoplion de «on oncle. (Suélone, Vie d'Àiiymle, ch. i.wiii.) î. Appien, Guerres cieilri, 1. Il, ch. exuv.
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der le respect et la retenue, une modération naturelle et sincère, Antoine trouva le moyen de jouer une mauvaise farce et d’ètre comique. N’oublions pas toutefois que Marc Antoine fut l’ancétre deCaligula et de Néron.
« Citoyens, dit Antoine, ce n’était pas à moi, simple individu, qu’il convenait de faire l’éloge funèbre d’un si grand homme ; c’était plutôt à la patrie entière. Je regarderai donc comme l’expression de vos propres sentiments, plutôt que des miens, cette multitude de décrets que, dans l’enthousiasme des grands succès de César, le sénat et le peuple après lui consacrèrent à sa gloire pendant qu’il vivait encore, et j’en ferai la lecture, a Et il se mit à lire en prenant une attitude solennelle et de douleur. 11 fit ressortir avec les inflexions de sa voix chaque passage selon ses vues. Il insista principalement sur celui qui était relatif à la consécration de la personne de César, sur celui qui la déclarait sacrée et inviolable, sur celui qui le proclamait le père de la patrie , le bienfaiteur de la République et l’incomparable arbitre de ses destins. A chacun de ces traits, Antoine tournait sa télé et son bras vers le cadavre de César en faisant concorder ses gestes avec ses paroles. Il intercala dans sa lecture, de temps en temps entre les divers décrets, quelques réflexions succinctes où il laissait percer sa douleur et son indignation. Au passage où le décret nommait César père de la patrie : « Voilà, s’écria-t-il, le monument de sa clémence ; voilà qui rendait sa personne inviolable et sacrée, et non-seulement la sienne, mais encore celle de quiconque venait chercher un asile auprès de lui; et néanmoins, s’écria-t-il, ce n’est point un autre pendant qu’il venait chercher
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un asile auprès de lui, c'est lu i-inème, tout sacré, tout inviolable qu’il fût, qui a été assassiné, lui qui n’avait usé d’aucune violence tyrannitjue pour se faire décerner ces honneurs illustres qu’il ne demandait même pas. Nous étions donc des lâches et des esclaves, lorsque nous accordâmes tant de choses à celui qui ne les méritait pas plus qu'il ne les demandait. Mais vous, fidèles Romains, vous mous avez justifiés de ce reproche delà- • cheté et de servitude, en accordant à César, même après sa mort, les honneurs qu’il reçoit en ce moment'.» Antoine lut par deux fois le serment en vertu duquel tous les citoyens étaient obligés de veiller sur César et sur sa personne, et de le défendre de toutes leurs forces, ainsi que le serment par lequel, en cas de conspiration, on dévouait aux dieux infernaux tous ceux qui ne voleraient pas à son secours. A ces mots il éleva singulièrement la voix, et, dirigeant ses mains vers le Capitole : «Quant à moi, s’écria-t-il, ô Jupiter, protecteur de Rome ! ô vous, autres Dieux ! oui, je suis prêt à venger César, à obéir à mes serments, à être fidèle aux exécrations que j’ai prononcées, etc. »
On chanta des vers propres à exciter la pitié pour la mort et l’indignation contre les meurtriers et des passages de V Electre de M. Attilius* qui pouvaient offrir des allusions. Les uns voulaient qu’on brûlât le corps dans le sanctuaire de Jupiter Capitolin, les autres dans la salle du sénat de Pompée. Tout à coup on vit s’élever au-dessus du cercueil une petite statue en cire de