CHAPITRE PREMIER
Gaule cisalpine, profite de son éloignement de Rome pour faire de nouveaux armements. Il attire partout à lui les exilés et les enfants des proscrits ; par ses promesses il gagne beaucoup de villes municipales, surtout en Étrurie et dans la Gaule. La tentative de Lépidus de pénétrer dans Rome avec une armée, et ses efforts pour obtenir de nouveau le consulat, ne réussissent pas, malgré sa déclaration de n’ètrevcnu que dans le but de rétablir les tribuns dans leurs droits. Pompée et Gatulus sont envoyés contre lui ; après un combat de courte durée aux portes de Rome, son armée prend la fuite, et Lépidus, proscrit par le sénat, poursuivi partout par les légions de Pompée, quitte enfin l’Italie. Il se retire avec quelques amis en Sardaigne où le chagrin le tua bientôt (en l’année 77). Pompée, qui avait été envoyé contre Lépidus , dispersa en très-peu de temps les troupes de Ij^pidus et de son préteur Brutus; il acquit une position h Rome que personne n’avait eue avant lui. Il est donc naturel qu’il eût une très -grande opinion de lui-méme. Quant à César, il obtint une amnistie pour tous les partisans de Lépidus *.
Malgré son insuccès, l’entreprise de Lépidus ne fut cependant pas sans conséquences. Le parti populaire venait de recevoir une direction déterminée, et dans son sein se réveillèrent quelques espérances de reprendre les privilèges perdus. Dès l’année 76, Turpilius. tribun du peuple, essaya de rétablir les anciens droits des tribuns; mais il était. trop peu influent pour réussir dans son but. Un [leu plus tard, Licinius, également tribun, soutenu de César,
renouvela la tentative, mais paya de sa vie son impru-
1. Aaln Celle, N. A., Ut. XIII, ch. ni. — Snétone, VU d» César, ch. »,
CÉSAR
dcnce. Enfin, G. .\urélius Colla, oncle malerncl de César, rendit en 75, le droit aux tribuns de parvenir aux autres magistratures. César clierchail la popularité ; la bienveillance du patricien et ses distributions de blé le consolidèrent dans rafieclion de la multitude ; à mesure qu’augmentait sa considération, la caisse des usuriers s’ouvrait pour lui; car les magistratures, présents de la gratitude du peuple faits à César, et les provinces, tout répondait du payement des sommes avancées. Les grands seuls calculaient mal ; ils espéraient qu’avec sa fortune disparaîtrait aussi son influence *. En attendant, le peuple le nomma tribun militaire, au lieu de son compétiteur C. Popilius. Dans les années 73, 72, 71, César n’est point nommé pr les auteurs, tandis que Mithridate, Spartacus et Sertorius occupaient incessamment les armées romaines. Il n’aurait pu combattre contre le dernier sans trahir son caractère jmblic, quoi(ju’il ne dût pas désirer le triomphe de ce marianiste, et tout aussi peu une révolution violente et précipitée de la (lart d’un autre. Mais on peut présumer que pendant l’absence des sommités du jiarti conservateur, engagés dans la guerre, il gagna le peuple, chercha à augmenter le mécontentement contre les institutions existantes et à faire naître des espérances destinées à la réussite occulte de ses projets.
César était doué d’une grande intelligence; son savoir politique était ample, étendu, sa dissimulation profonde, habilement calculée et plus encore habilement appliquée. Il avait une patience et une persévérance à toute épreuve, une perspicacité remarquable. Cette perspicacité lui appre-