Drumann, t. ]J1, p
CIIAPimE PHEMIER.
l’appuya parce (ju’ü était utile pour lui que Pompée désertât du camp de l’aristocratie, et reconstituât un organe constitutionnel propre à la combattre. C’est ce qu’on avait surtout désiré à cause des tribunaux sénatoriaux. Cicéron avait parlé de leurs vices, précisément dans cette même année, sans se douter de ce qu’étaient les projets qu’il secondait, et en général dans le but unique de s’élever parallèlement à Hortensias.
Pendant la questure de César, en l’année 68, moururent Julie, sa tante paternelle, veuve de Marins, et Cornélie sa femme, 611e de Ciqna. Quoiqu’il fût d’usage de ne prononcer l’oraison funèbre que de femmes d’un certain âge, César saisit cette occasion de parler aussi de sa femme. Il s’adressa à la multitude, dans le forum, du haut de la tribune aux harangues. « Par sa mère, dit-il, ma tante Julie est issue des rois; par son père, elle se rattache aux Dieux immortels. En effet, d’Ancus Marcius descendaient les rois Marcius, dont le nom fut celuj de sa mère; de Vénus descendent les Jules, dont la race est la nôtre. On voit donc s’unir dans notre famille et la majesté des rois, qui sont les maîtres des homraes, et la sainteté des Dieux, qui sont les maîtres des rois^. » Cette généalogie était une invention très-ingénieuse et toute politique. Elle était calculée pour impressionner les auditeurs; aussi, les acclamations du peuple couvrirent-elles la yoix des grands, exaspérés. La multitude stupide se gonfla de Berté à l’idée que la race des Jules, descendue des dieux et des rois, s’était alliée h Marius, 61s d’un paysan et parvenu heureux. Par cette condescendance vulgaire et par
i, Sui'ilODU, Vie de César, cli. vi. — ’('iii-Uïe, Ijy. V, c||, i,.
CÉSAU.
cette flatterie indirecte, César auirmcnta encore sa popularité; le peuple put le rci^arder comme un des siens, pour ainsi dire; et se fiant aux paroles fallacieuses du questeur, il n’en continua que de plus belle à coopérer îi son élévation. En invoquant lijqiocritement, en même temps , les mânes de Marius, il rappelait des temps qui n’élaient plus, mais qu’il comptait bien faire revenir pour le besoin de sa cause. Cette généalogie composée par César, un de ses calculs, est aussi un de ses ridicules. Elle témoigne d’une grande présomption et d’un souverain mépris pour ceux dont il croyait capter la crédulité. Il y a tout lieu d’admettre que César descendait de qucl(|uc Phénicien marchand ou corsaire, qui visita les côtes occidentales de l’Italie à une époque très-reculée. César était d’une assez grande taille, d’une char[x;nte régulière; il avait les yeux vifs et noirs, le ncz.aquilin, comme le bec de l’oiseau de proie, le front de moyenne élévation ; son regard était sans bienveillance; sa lèvre inférieure, épaisse et saillante, exprimait l’orgueil et la dureté. Cette vanité de se faire descendre d’ancêtres illustres, dont la mémoire se perd dans la nuit des temps, est le propre de l’Arabe et du Juif : un Grec, un Arian ou un Cimbre, n’aurait jamais eu cette pensée. Quand la marine grecque eut écumé la Méditerranée et diminué le nombre des corsaires, des marchands et des pirates jdiéniciens, les traditions de la Grèce furent lentement introduites en Italie, en même temps que son éenture, son art, ses poids et ses mesures. Ces traditions ou légendes grecques furent localisées dans certaines provinces de l’Italie, et c’est ainsi qu’y arriva aussi l’histoire du débarquement d’Énée dans le Latium, légende que César attribue à sa propre race.
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TABLliAU r.ÉNÊALOGIQUE DE C. JULIUS CÉSAR