‹ Le grand perturbateur romainChapitre 67 sur 277 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

apporente de ses alliés. Il avait conscience de sa propre force, et comptait avec certitude remporter des victoires sur ses deux collègues. César, qui sut insensiblement faire rejaillir sur lui-méme leur influence, récolta seul les avantages postérieurs de ce triumvirat. Dans l’opinion des trois alliés, leur alliance devait rester secrète, mais elle ne le fut pas longtemps. Elle devint patente quand Ci'“9ar développa, comme consul, une puissance dont ses deux amis devaient être surpris eux-mémes ; tous étaient solidaires au profit d’un seul; il n’y avait plus moyen de s’y méprendre. Caton faisait du tapage, Varron persiflait dans son écrit du « Monstre à trois têtes, i> et Cicéron, dans scs lettres à Atticus, était irrité en silence contre les « dynastiques i> qui, dès ce moment et sans crainte, tournaient ses actes en ridicule, à la porte même du Tullianum. Qui aurait osé accuser les triumvirs , si on ne pouvait pas les convaincre de crimes, et qui aurait pu les convaincre, puisque ceux qui les surveillaient ne purent rien apprendre sur leur compte qui eût rapport au pillage, h l’incendie et au meurtre, qui eût rapport à des attentats criminels envois le sénat et les magistrats, à la constitution et aux lois? Rome était enveloppée d’une puissance invisible, contre laquelle elle épuisait en vain ses forces en portant des coups dans le vide.

César avait destiné ses alliés à combattre dans Rome l’aristocratie, tandis qu’il administrerait les provinces, oii il comptait prolonger arbitrairement ses séjours; au moyen de quelques lois qui leur seraient utiles, il voulait les forcer à l’aider en toutes choses, et ces lois devaient les maintenir debout pendant son absence. Son dessein était de leur faire assumer, comme seuls présents et comme re-

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belles OU révoltés, la plus forte partie de la haine à laquelle il donnait naissance; il voulait ériger, au mojen de l’alliance faite avec eux, une barrière insurmontable entre le sénat et lui-niéme; il voulait briser avec les lois par des actions inconstitutionnelles, et désarmer d’avance enfin le sénat et le pouvoir des lois qu’ils devaient à la longue appeler au combat. C’est ce qui arriva. Crassus mourut, mais Pompée reconnut trop tard son épouvantable erreur, et, ce qui avait été édifié par la force d’un triple levier, fut bafoué par la puissance d’un seul, quand les constructeurs se brouillèrent. Que faisait le peuple dans sa myopie? Il était dans l’allégresse de considérer l’amitié de ces hommes. Mais Caton voyait avec raison dans cette alliance, et non dans l’inimitié postérieure de César et de Pompée, le premier et le plus grand désastre pour l’Élat A la suite de l’alliance des trois chefs, leurs amis et adhérents se liguèrent aussi; c’étaient ceux que chacun d’eux avait non-seulement parmi le peuple, mais encore dans le si'-nat; et ainsi fut élevée dans l’Etat une puissance à laquelle rien ne pouvait résister.

Le plus grand épouvantail du sénat était le consulat de César. A son retour d’Espagne, il arrive aux portes de Rome peu avant les comices consulaires. Il désire poser sa candidature, tout en étant absent de Rome, afin de ne point être privé du triomphe. Mais le sénat refusa à César ce qu’il avait accordé plusieurs fois à Marius, à L. Lucullus et à d’autres : on lui garda rigueur, et comme le consulat était beaucoup plus important pour lui que le triomphe, il renonce à ce dernier, et paraît dans Rome comme simple citoyen. César est enfin nommé consul en 59, par la médiation de Crassus et de Pompée, qui se

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