‹ Le grand perturbateur romainChapitre 69 sur 277 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

l’assentiment (lu peuple » Mais Cicéron lui-méme était à l’abri de reproches plus graves encore par un dt-Crel du sénat, qui déclarait irresponsables tous ceux qui avaient contribué à étoufiér la conjuration de Catilina. Ce décret proscrivait en même temps quiconque oserait les accuser. Cependant l’orage, momentanément détourné du consulaire, se dirigea sur le sénat lui-méme. Cécilius Métellus, intime de César, fut soutenu par lui dan.s la demande de lois les plus séditieuses contre le droit d’opposition do ses collègues. César avait même provoqué la demande de ces lois; un décret du sénat finit par les suspendre tous deux de leurs fonctions. César eut l’audace de rester en possession de sa charge et de rendre encore la justice. Mais quand il apprit qu’on se préparait à employer contre lui la violence et les annes, il congédia scs licteurs, se dépouilla de la protexte, et se retira secrètement chez lui, résolu, pour s’accommoder au temps, de se tenir tran- (piille. Deux jours après, la foule s’assembla d’elle-même et spontanément devant sa maison, et lui olTrit son appui pour le rétablir dans sa dignité; le tumulte était au comble. César l’apaisa. Étonnés de cette modération, les sénateurs, que la nouvelle de l'attroupement avait réunis à la hâte, envoyèrent, pour lui rendre grâces, les plus illustres d’entre eux ; et il fut rappelé dans le sénat et comblé Ih des plus pompeux éloges. Enfin, on le réintégra dans sa charge, en rapportant le premier décret *.

Préteur, loin encore de son but. César devait trafiquer avec la considération de Pompée, qui avait quitté Rome comme ami et bienfaiteur de la multitude , et qui s’était

1. Dion Gissius, liï. XXXVII, ch. nui. — Cicero, ad Divers., v. 2.

î. SuétoiK, Vi« de César, ch. xjt.

CÉSAR

surpassé lui -même par ses victoires et ses conquêtes en Asie. La crainte et la jalousie empêchèrent l'aristocratie de rendre hommage à Pompée absent. De son côté , César comprenait que Pompée ne lui étaif point dangereux tant qu’il persistait dans ses rapports peu naturels avec le peuple, et qu’il prenait, dans son aberration, du clinquant pour de l’or. Par l’intermédiaire des tribuns Labiénus et F. Ampius Balbiis, il fit donc rendre un plébiscite, d'après lequel le consulaire devait porter — aux jeux du Cirque une couronne de lauriers, la parure complète du triomphe, — au théâtre, la couronne, et comme les magistrats, la prétexte. Ces événements s’étaient passés en l’année 63.

L’action du trininviral , de cette sorte de monarchie , se lit sentir dès l’année suivante de sa formation, lorsque Cé.sar arriva au consulat. 11 supprima ostensiblement toutes les formes et retira à son collègue Bibulus toute participation à l’administration. I^e pouvoir monarchique était à la vérité divisé entre trois personnes , mais ce ne fut qu’accidentellement et il ne dura que le temps qu’un des trois se fût fait sa part d’influence, de finances, de commandement militaire assez considérable pour .se débarrasser sans danger de ses collègues. Alors César, seul destiné à recueillir l’héritage de la monarchie, jx)ursuivit droit son chemin dès ce 'moment et d’une manière incessante, surtout ii partir de son consulat. Il toucha à son but, quoique des deux hommes qui avaient formé le triumvirat avec lui. Pompée, seul à craindre, se fût précipité de nouveau dans l’aristocratie de toute son élévation, dans le seul but de pouvoir, avec cette aristocratie, résister plus puissamment. Se prêtant, pour leur ambition parti-

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