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CHAPITRE VI

UErreur de la Mobilisation du Capital

Dans toutes les nations, lorsque la paix sera signée, des centaines de milliers d'hommes revenus du front, se trouveront sans travail, et les femmes, dont les places seront rendues à leurs anciens occupants, se trouveront dans le même cas. Il y aura des milliers de mutilés et d'inva:lides qui se trouveront dans l'impossibilité d'accomplir le travail spécial auxquels ils étaient accoutumés autrefois. Ces hommes en trouveront des milliers d'autres, qu'ils avaient quittés dans des situations modestes, enrichis par les bénéfices de guerre, et comme ils compareront leur propre condition avec celle de cette catégorie de privilégiés, et qu'ils se diront que c'est seulement grâce au sacrifice des combat-

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tants que leur pays fut préservé, ils réclameront que les conditions d'après-guerre soient améliorées pour eux au moyen de la mobilisation du capital. Il en a déjà été question en Allemagne et en Angleterre ; mais, si cette mesure était exécutée* il ne s'en suivrait aucunement un soulagement pour ceux qui la réclameraient.

Supposez que le gouvernement s'approprie 25 % de tous les fonds se trouvant dans les banques et les caisses des Compagnies'd'assurances, le seul résultat serait la ruine de certains de ces établissements et l'affaiblissement des autres. Supposez que 25 Vo de tous les fonds de toutes les compagnies soient mobilisés ; le Gouvernement ne pourrait pas céder les titres qu'il aurait acquis de la sorte, car nul ne voudrait les acheter craignant qu'au bout d'un an ou deux, une autre portion de 25 % soit encore mobilisée, ce qui les priverait d'une partie des titres achetés ; et la crainte d'une seconde et troisième mobilisations déprécierait tellement toutes les valeurs que cette dépréciation dépasserait de beaucoup les 25 % mobilisés. Une telle mesure causerait une grande panique en bourse, empêchant la vente des

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obligations et des actions ; on ne saurait dès lors espérer un développement industriel. De même dans les nations qui ne recourraient pas à cette mesure, Texemple du dehors ferait craindre qu'à la longue elle ne devienne nécessaire à Tintérieur, et cette crainte engendrerait le chaos et une plus grande dépréciation de la valeur des obligations, titres et immeubles que celle causée par la guerre ; de là une extrême disette, rendant les conditions des classes laborieuses pires qu'auparavant.

L'adoption du plan décrit ci-après, tendant à créer des Obligations Mondiales, évitera ce marasme ; la mobilisation du capital n'apparaîtra plus comme nécessaire et ne sera jamais plus envisagée. Enlevant à tous le désir de produire, cette mobilisation aboutirait à la stagnation de tout effort, et, par son échec à produire de bons résultats durables, irait justement à l'opposé du but souhaité. La machine gouvernementale devrait sans cesse accomplir un effort beaucoup plus considérable que celui des grands ministères de la guerre durant le conflit.

La crainte'de la mobilisation de la richesse arrête le commerce et déprécie les valeurs. La crainte du

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manque d'argent et d'un vaste crédit banquaire fait hésiter à entreprendre de nouvelles affaires. C'est la crainte de la part de la classe laborieuse, que les dettes de la nation ne soient supérieures à ce qu'elle est capable de supporter, qui lui fait réclamer la mobilisation de la richesse. La crainte d'un fardeau de forts impôts entraîne la stagnation des entreprises, et force l'argent à sortir du pays pour chercher ailleurs un meilleur placement. Aucune mesure gouvernementale ne serait à la longue plus désastreuse que la mobilisation de la richesse.

Comment peut-on arriver à la mobilisation de la richesse? La richesse d'une nation est représentée par divers indices et diverses sources. Le riche fermier peut posséder 150 ou 200.000 francs représentés par 50 hectares de terres, 10.000 francs en banque (1); 400 tonnes de pommes de terre, 5 meules de foin, 4 charrues, 10 chevaux et 40 porcs. Il

(1) Encore doit-on se rappeler que dans certains pays, en France particulièrement, le fermier — même riche — ignore la banque et qu'il garde par devers lui des sommes d'argent liquide, parfois considérables, sur lesquelles il est difficile d'exercer un contrôle quelconque. (Note du Traducteur).

n'est pas difficile de percevoir 25 % de son dépôt en banque, mais qui désignera les 12 hectares 1/2 de terre à céder au gouvernement, et qui choisira les deux chevaux et demi, la charrue et les dix porcs? Le commerçant possède 150.000 francs en marchandises : gants, chaussettes, chemises, mouchoirs, etc.. et 25.000 francs en banque. Le dépôt en banque est facile à atteindre, il produira 6,250 fr.; mais qui choisira les 25 % des gants, chaussettes, chemises, etc.. et qu'en fera le gouvernement quand il les aura ?

La réunion du quart de toutes les richesses de Thomme, sous toutes les formes sous lesquelles elles se présenteraient au Gouvernement, constituerait une véritable arche de Noé, avec une annexe commerciale. Le gouvernement nourrirait-il les animaux réquisitionnés avec le foin réquisitionné et sur le terrain réquisitionné, en attendant une occasion avantageuse de les vendre, ou les vendrait-il de suite au risque de faire un sacrifice ? Le marché serait certainement restreint car le fermier, pour sa part, aurait abandonné 25 % de son dépôt en banque. Le gouvernement ouvrirait-il des boutiques

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et vendrait-il les marchandises réquisitionnées? Si Ton recourait à la mobilisation de la richesse, 10 à 15 Vo de la population seraient occupés à dresser des inventaires, davantage encore seraient employés comme experts, et Tappel des décisions des experts rendrait nécessaire Finstitution de milliers de tribunaux pour trancher les difficultés qui surgiraient de la sorte.

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