CHAPITRE XI
Raisons et Objections
Dans les pages précédentes, nous avons exposé les grandes lignes du Grand Plan, et TAuteur est convaincu qu'avec quelques légères modifications, il pourrait devenir la base d'une Paix de Cent Ans. Il y aura, sans doute, de nombreuses objections, car c'est une mesure radicale et, dans les chapitres suivants, nous répondrons du mieux que nous pourrons à ces objections.
Le soulagement qui s'ensuivrait si la Conférence de la Paix acceptait le Grand Plan serait d'un effet mondial et s'étendrait jusque dans les parties les plus éloignées du monde. Il épargnerait au monde entier la lutte inégale et désespérée contre une dette accablante ; il rendrait la prospérité à toutes
les nations d'un seul coup en stimulant la plus grande activité industrielle. Il n'y aurait plus de chômeurs ; tout le monde travaillerait et gagnerait de bons salaires. Le contentement régnerait à la place du mécontentement, qui est sûr de prévaloir si l'on ne peut trouver Targent nécessaire à Tœuvre mondiale de reconstruction qui doit être entreprise aussitôt ; car les problèmes formidables auxquels devront faire face toutes les nations et tous les peuples après la guerre seront aussi compliqués et aussi difficiles que ceux de ces quatre dernières' années. Si le désarmement ne devient pas un fait accompli, notre fardeau sera insupportable et la vie ne vaudra guère la peine d'être vécue.
Si la Paix universelle est établie et si le Grand Plan est accepté, notre monde sera un monde d'abondance et un jour glorieux se lèvera sur la terre ; tous les efforts de l'homme seront bénis ; le progrès industriel du monde avancera de plusieurs siècles en une seule génération et la prospérité illimitée ainsi établie convaincra l'homme que la guerre est néfaste et que les armées et les marines sont un fardeau inutile.
RAISONS ET OBJECTIONS
Avec récrasementde la force militaire Allemande, disparaissent les possibilités d'une guerre future et les raisons d'entretenir des armées et des marines pour combattre ce qui ne sera plus qu'un fantôme du passé.
Durant des années, nous verrons se créer de nouvelles sociétés, les unes après les autres, qui seront nécessaires pour faire renaître l'Europe industrielle et l'établir sur des fondations plus sûres et plus solides. Les peuples doivent dès maintenant reconnaître ces faits et préparer le jour de la paix — jour bienheureux entre tous, s'il est préparé, car l'établissement de la Paix et la provision des ressources financières suffisantes s'offriront à tous les peuples. Autrement, nous connaîtrons la plus grande agitation et la plus grande détresse qu'on ait jamais connues, et une occasion sera perdue qui ne se représentera plus jamais.
Ce livre est un appel à la préparation du jour de la Paix; car, s'il amène le désarmement, toute la richesse et tout le travail de la nation seront employés à la reconstruction du monde, à la construction de stocks nouveaux et à l'entretien de ceux
qui existent. Chaque homme sera un facteur-unité dans la tache de créer des richesses nouvelles pour remplacer celles qui sont perdues, tout l'argent sera employé au rétablissement de la prospérité. Le désarmement rendra au monde industriel un minimum de 7.000.000 d'hommes qui^ autrement, ne seraient pas disponibles. Leur valeur créative, le travail de chaque homme vaudrait-il seulement 10 francs par jour, égalera 70 millions de la nouvelle fortune créée quotidiennement ; en quarante ans, le coût de la guerre serait égalé et une richesse serait créée qtii ne se créera jamais si le désarmement n'est pas décidé. L'économie réalisée par le désarmement international s'élèverait à 10 milliards par an, et en cent ans égalerait le coût de la guerre.
Mais si le désarmement et la Paix universelle ne sont pas établis, quels sont les problèmes auxquels le monde devra faire face? Ce sont les fardeaux les plus formidables auxquels on ait jamais songé, pire encore que ceux de cette guerre, si nous exceptons la perte de vies humaines.
Comme ces fardeaux ajoutés les uns aux autres empêcheraient l'allégement de ceux existant déjà,
RAISONS ET OBJECTIONS
ils deviendraient à leur tour des fardeaux annuels qéi augmenteraient de jour en jour. Le seul objet de la vie de Thomme serait le paiement d'impôts, sans autre échappatoire possible que la mort ; les fardeaux et les anxiétés de la vie seraient si grands qu'ils raccourciraient matériellement la durée de la vie, et aucun gouvernement ne pourrait exister plus de quelques mois, alors qu'en certains pays même il n'y aurait plus de gouvernement, que celui de la populace. Les efforts nécessaires pour la réparation des ravages de cette guerre et la préparation de guerres futures produiront un chaos indescriptible. Mais laissons à l'historien de l'avenir l'énumération de toutes les tâches auxquelles devront s'essayer les peuples de l'Europe, si tous les engins de guerre doivent être conservés. Déjà un grand nombre des choses qui devront être faites sont visibles. Le ciel bleu est actuellement le seul toit nécessité par les innombrables canons, tanks, etc. et leurs munitions. Mais lorsque la paix viendra, tout ce matériel devra être ramené dans son pays d'origine. Le nombre des canons de toutes les nations belligérantes s'élève probablement à
environ 75.000, et, rien que pour loger ces canons, il faudra édifier des constructions couvrant ^lus de 1.200 hectares et coûtant des millions. Pour loger convenablement les tanks , il faudra au moins la moitié de cet espace ; quant à la superficie nécessaire pour loger toutes les munitions et les petites armes, elle ne peut être estimée. Des milliers d'avions, dernier modèle, seront construits par chaque nation et des centaines de hangars souterrains seront nécessaires pour contenir ceux actuellement en campagne. Pour tout ceci et pour conserver en bon état tous ces accessoires de guerre, des milliers d'hommes seront enlevés au travail productif.
Lorsque la paix viendra, tous les navires de guerre, actuellement en mer, tous les sous-marins et torpilleurs devront regagner leur base et des grands ports devront être construits pour les recevoir, ou bien ils occuperont une espace inappréciable dans les ports existants. L'entretien de ces navire^ sera une tâche formidable, presque désespérée, et inutile si toutes les nations adoptaient le Grand Plan. Si tous les engins de guerre étaient
RAISONS ET OBJECTIONS
détruits et leurs matériaux employés pour le commerce, lorsque, dans Tavenir, il pourrait être question de guerre, toutes les nations partiraient du même point zéro. Etant donné qu'il faut des mois pour préparer la guerre, les divergences internationales pourraient s'arranger durant la période de préparation et la guerre pourrait être évitée. En tout cas, ne s'écoulerait-il que dix, quinze ou vingt-cinq années avant qu'une crise de ce genre se produise, une énorme dépense annuelle serait économisée; et cette économie seule, qui rembourserait en partie les grandes pertes dùes à la guerre, ne vaut-elle pas la peine d'être tentée ?
Sans doute, le désarmement est une mesure drastique, mais nos dettes de guerre ne peuvent être liquidées d'aucune autre façon. Nous ne pourrons remédier aux conditions dans lesquelles nous vivrons après la guerre que par cette mesure radicale de la part du monde entier. Et plus tôt elle sera réalisée, mieux cela voudra pour tout le monde.
Ne nous laissons pas troubler par des spéculations sur la possibilité d'une guerre nouvelle d'ici deux générations. Nous ne serons peut-être plus là, et si nous y sommes encore, nous aurons du moins joui, durant ces deux générations, de la plus grande prospérité que le monde ait jamais connue.