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CHAPITRE XV

L'Inflation produite par le Grand Plan

Lorsque le Grand Plan fut écrit, l'auteur comprit parfaitement que Tinflation serait la grosse objection à son adoption. Mais ne sommes-nous pas entouré d'inflation de tous côtés ?

Toutes ces dernières années, nous n'avons connu qu'inflations.

Nous avons l'inflation des nations en guerre, l'inflation des armées, l'inflation des morts et des blessés, l'inflation des dépenses de guerre, l'inflation des dettes nationales ; l'inflation règne partout et il n'est pas d'autre moyen de réprimer les efïets de la guerre sans une inflation de monnaie. Et si cette monnaie est du bon argent, comme la monnaie produite par le Grand Plan, l'eflEet de son

émission sera des plus avantageux. Au contraire, si c'est de la monnaie n'ayant derrière elle qu'un décret gouvernemental, l'effet sera désastreux.

On ne cherchera jamais à se débarrasser de bonne monnaie, mais seulement de mauvaise monnaie.

Quand une personne peut se procurer un objet d'une valeur quelconque contre de la mauvaise monnaie, c'est autant de gagné pour elle, car la mauvaise monnaie, comme une bulle de savon, peut éclater à tout moment. Lorsqu'on parle d'inflation, il faut se rappeler les trois exemples suivants : l'inflation des Etats-Unis, de 1855 à 1865, l'émission illimitée d'assignats, en France, il y a 120 ans, et l'émission illimitée de billets russes actuellement, — mais ces monnaies ne peuvent être comparées à celle émise selon le Grand Plan, celle-ci ayant tout un monde confédéré derrière elle et un Fonds d'Amortissement suffisant pour la racheter toute en 100 ans ; elle a derrière elle des économies réelles égales au total de son émission ;,elle a der- \ rière elle tout un monde profitant des avantages de son émission, se réjouissant de voir. toutes ses dettes de guerre allégées et d'avoir assez d'argent pour

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entreprendre les tâches formidables réclamant son attention ; elle a derrière elle des dettes remises, égales au total de son .émission. Si la monnaie émise selon le Grand Plan n'est pas de la bonne monnaie, que seraient donc les dettes avec leurs intérêts annuels de plus de 5 Vo ?

Accroître le volume de l'argent lorsque ce n'est pas nécessaire, c'est déprécier cet argent. D'un autre côté, de formidables occasions mondiales d'employer de l'argent sans avoir l'argent nécessaire produisent un même résultat négatif. Par suite du manque d'argent nécessaire, chaque nation paie les frais de cette guerre par l'émission illimitée de valeurs et obligations de guerre, et derrière ces valeurs il n'y a pas ce Fonds d'Amortissement suffisant qu'il y a derrière la monnaie émise selon le Grand Plan. Derrière ces dettes illimitées, il n'y a que V espoir de la nation, la confiance que d'une façon, pour l'instant encore inconnue, ces dettes pourront être acquittées. Mais la guerre finie, nous découvrirons que nos dettes de guerre, mettons qu'elles soient de 750 milliards, ont été employées primitivement à détruire sur terre et sur mer la

même somme de valeurs. Nous nous trouvons donc en face de 750 milliards de dettes, plus 750 milliards de valeurs perdues, qu'il faudra restaurer aussitôt que possible.

Après la guerre, avec les nations incapables d'emprunter de l'argent et l'impossibilité de continuer l'émission d'obligations, comment exécuter les reconstructions avec seulement l'argent que nous avions avant 1914? Les demandes de la Paix seront, en effet, durant quelques années encore, aussi grandes qu'elles ont été ces quatre dernières années, pendant lesquelles on dut émettre pour 750 milliards de dettes de guerre dans les différentes nations. Et lorsqu'on envisage ces formidables besoins d'argent, il est absurde de chercher dans l'histoire un exemple aussi éloigné que l'inflation d'il y a 120 ans en France, alors que la nation n'avait aucun commerce extérieur ; ou de comparer les besoins du monde d'aujourd'hui aux besoins des Etats-Unis après la guerre civile, alors que tous les canons employés dans cette guerre coûtèrent à peine le le prix de 30 gros canons d'aujourd'hui. La période d'après guerre est dans une classe à part et sans

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précédent pouvant aidera solutionner les problèmes d'aujourd'hui. L'inflation de l'argent résoudra beaucoup de ces problèmes, alors que sans elle il y aurait des années de troubles indicibles. Il n'existe pas de critérium pour le volume d'argent convenable per capita, les besoins seuls doivent décider, ainsi que ce fut le cas, ces quatre dernières années, pour l'émission des valeurs de guerre.

Le prix très augmenté du travail et de la matière première est dû, dit-on, à l'émission, par la Banque d'Angleterre, de quelques millions de billets non couverts. Cette augmentation est due surtout au fait que six hommes ont besoin de la même tonne de cuivre, d'acier ou de caoutchouc et qu'il y a manque de main-d'œuvre.

Comme toutes les marchandises produites doivent augmenter de prix en proportion du coût de la production, les prix augmentent sans que la cause en soit l'émission de papier non couvert.

Si le peuple français ou anglais peut accepter sans maugréer une dette de 175 milliards, pourquoi n'acce.pterait-il pas aussi bien la mise en circulation de la même somme de monnaie ? Les obligations

de guerre ne pourront jamais servir à construire un tonnage marchand annuel de 2 millions, ni 200.000 nouveaux foyers, ni le tunnel de la Manche, alors que la monnaie émise selon le Grand Plan pourra servir à tout ceci et à plus encore et, par-dessus tout, elle fournira une augmentation d'argent à un moment de Thistoire du monde où elle aura été le plus nécessaire.

Le London Guardian du 10 octobre, dans son étude du Grand Plan, fournit le remarquable exemple suivant :

« Supposons que nos armées en Mésopotamie trouvent, par exemple, dans un coin de l'Bden, un paquet d'or, d'une valeur de 175 milliards ; supposons que nous tombions d'accord que cet or soit employé à payer les dépenses de la guerre du monde entier ; il est évident qu'il n'y aurait rien d'immoral à cela, rien qui pourrait soulever une objection d'une nation, d'une classe ou d'un individu? »

Mais, pour illustrer davantage ce point, supposons qu'il y ait à Potsdam et dans toutes les banques de l'Allemagne une somme d'or de 175 milliards. Si les nations alliées pouvaient mettre la main sur cette réserve d'or, ne la partageraient-elles point aussitôt entre chaque nation pour payer les

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dépenses de guerre? Et chaque nation, avec cet or, ne rachèterait-elle point toutes ses obligations de guerre afin de s'épargner le paiement des intérêts? Il n'y a qu'une réponse à cette question, c'est : oui. Le Grand Plan procure le moyen de le faire, et d'une façon aussi sûre et sage que l'exemple cidessus.

Mais comme sauvegarde, dans le cas où l'inflation du Grand Plan produirait plus d'argent qu'il n'est nécessaire à cette heure, les gouvernements peuvent se réserver la faculté de racheter, à n'importe quel moment, 50 % de cette Monnaie-Obligation et d'émettre à sa place des obligations de 4 ou 5 % à 50 ans. Avec cette protection, l'inflation n'est plus à craindre.

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