Valois, t. IV, p
ABANDON DES PAI'lîS l^-Mi LES CARDINAUX. 2o'i
Grégoire pour les prier de se réunira ceux d'Avignon et de travailler ensemble à l'extinction du schisme.
Le terrain était préparé en Italie. Des événements graves s'étaient passés à Lacques, où se trouvait Grégoire, le pape légitime de Rome. Les dissidences entre lui et ses cardinaux s'étaient accentuées et avaient pris un caractère aigu. Le 4 mai 1408, il avait rassemblé les membres du Sacré-Collège, les avait menacés et avait ssayé d'empêcher leurs protestatiaos en les intimidant. Il leur avait défendu de quitter la ville, et de se réunir sans sa permission expresse. Les cardinaux etïrayés s'enfuirent et neuf d'entre eux gagnèrent Pise sous divers déguisements. Depuis longtemps d'ailleurs ils étaient mécontents du Pape. L'obstination de Grégoire à refuser toute entrevue avec son rival, son amour aveugle pour ses neveux qu'il venait de créer cardinaux, firent déborder la coupe, précipitèrent un dénouement prévu et achevèrent la scission.
De Pise, les prélats dissidents envoyèrent des mémoires accusateurs à Grégoire et aux princes chrétiens t manifestèrent formellement l'intention de se rapproher de la partie adverse. Le Pape de Rome s'eflorça de réfuter leurs assertions et de faire avorter leurs desseins, mais il ne put y parvenir*. Quatre cardinaux de Benoît se réunirent à Livourne où ils s'abouchèrent avec ceux de Grégoire.
Sur ces entrefaites, le Pape d'Avignon apprit que son auiorilé à Pa,ris était n^éconnue de plus en plus et que ses partisans étaient jetés en prison.
11 voulut éviter aussitôt les entreprises deBoucicaut, dont il conAaigsait les procédés autoritaires et l'activité pleine d'énergie. L'obstiné pontife ne s'abandonna
i. Maxsi, t. XXVH, pi.36. — H,\KbOU>-vt.' VIJL p. 143. — Raïrald; 1108; 1*-I9. — NicM, De Scismate, III, 33. — Seiims anionis, VI, 18 el.suiv.
pourtant point : il convoqua un concile général à Perpignan pour la Toussaint prochaine, puis, Tàme pleine de ressentiments, il se dirigea par mer vers cette ville ' . 11 laissait sur la côte italienne six de ses cardinaux qui se réunirent immédiatement à ceux de Grégoire.
Les deux Sacrés-Collèges étaient résolus à poursuivre l'union de l'Eglise malgré tout, et à n'adhérer désormais ni à Fun ni à l'autre d^s compétiteurs. En cas de mort de l'un des Papes, ils déclaraient qu'ils ne lui donneraient point de successeur, et qu'ils ne reconnaîtraient point les élections que pourraient faire les autres cardinaux. Le 29 juin 1408, l'accord était fait outre les deux Sacrés-Collèges; il restait à entraîner les fidèles de l'une et de l'autre ohédience^.
Le Pape de Rome, effrayé enfin par cette insubordination qui menaçait de devenir grave, essaya de ramener les dissidents par les promesses ou les menaces : ses lettres, équivoques comme la faiblesse qui cède ou comme la défiance qui se réserve, n'eurent aucune espèce de succès.
La paix de l'Eglise allait-elle sortir de cette nouvelle révolte ?
Les cardinaux, prenant ainsi brusquement la direction de l'Eglise universelle, dirigeant ses efforts vers l'union, s'adressant directement aux souverains et aux évêques, allaient-ils se faire obéir? On pouvait craindre qu'ils ne fussent piçint suivis quand ils mettraient en œuvre le moyen choisi par eux de faire cesser le schisme. D'ailleurs, quel serait le procédé nouveau qu'emploieraient les deux collèges? Réussirait-il lorsque déjà tant d'autres avaient été rendus inutiles?
i. 15 juin 1408. Cette date est remarquable. C'est la fin définitive du séjour des papes à Avignon : il avait duré lOO ans. 2. Valois, t. IV, p. 14.
5 3. — Convocation simultanée de trois conciles.
Telles étaient les questions que se posait le monde chrétien, quand tous les cardinaux réunis adressèrent aux princes et aux prélats des deux obédiences des lettres encycliques '. Ils les convoquaient à un concile p-énéraldes deux partis qui se tiendrait dans une ville 1 Italie, non encore désignée. Les cardinaux prirent soin d'avertir ofTicielloment leur pontife respectif.
Grégoire, comme Benoît, avait pris les devants. Les 2 et 5 juillet, il avait convoqué de son côté un concile qui se réunirait dans la province d'Aquilée ou de Ravenne. Plus tard, il avait créé dix nouveaux membres de son Sacré-Collège et il s'était réfugie à Rimini sous la protection du dévoue Charles Malatesta, frère du Malatesta de Pesaro. Il avait reçu une lettre de ses cardinaux qui indiquait le lieu et la date du futur concile des deux obédiences : cette assemblée se tiendrait à Pise, le jour de l'Annonciation, 25 mars 1409.
De son côté, Benoît n'avait point accusé réception de la lettre très respectueuse de ses cardinaux. Il reçut d'eux plus tard une seconde missive le convoquant au concile de Pise (6 novembre). Il leur répondit cette fois en faisant longuement sa propre apologie et en s'étonnant de la hardiesse de leurs procédés, puis il leur enjoignit de se rendre au concile qu'il voulait rassembler immédiatement à Perpignan (7 novembre) -.
Cette voie du concile, reconnue dès l'abord comme la meilleure, depuis si longtemps proposée et si persévéramment combattue, obtenait donc enlin un grand
1. Ces lettres qui portent des dates antérieures à leur expédition, ont été, selon toute vraisemblance, antidatées. Cf. Valois, t. iv, p. 19 et 20.
2. Bibl. nat., ms. lat. 12542, f- 143. —Cf. d'.\cuert, Spîc»7., 1. 1, col. 820. — M*SSI, t. XXVI, col. 1180.
succès, trop grand même, puisque trois assemblées conciliaires allaient se réunir en même temps à Aquilée, à Pise et à Perpignan. Ce n'était pas un bien, car le seul remède était la réunion dune assemblée unique qui vît dans son sein les prélats venus des deux obédiences et de tous les points de la chrétienté. . Le synode de Benoît à Perpignan réussit peu. Le nombre des évêques ne fut pas considérable, bien que le Pape eût attendu quelque temps les retardataires et eût créé, pour la circonstance, des nouveaux patriarches de Constantinople, d'Antioche, de Jérusalem et d'Alexandrie.
Le pontife d'Avignon fit le récit circonstancié des souffrances qu'il avait endurées et des sacrifices qu'il avait accomplis pour le bien et la paix de l'Eglise. Tous les assistants applaudirent à ces paroles ; mais quand il s'agit de déterminer ce qu'il convenait de faire, les opinions se partagèrent et le concile se dispersa en grande partie sans avoir rien conclu * . Les derniers membres qui restèrent supplièrent Benoît de ne pas se montrer intraitable, de se préparer à abdiquer et d'envoyer à Pise des nonces d'une intelligence reconnue avec des pouvoirs illimités. Après nombre de difficultés, Benoît finit par consentir à députer au futur concile plusieurs prélats originaires de diverses nations^.
D'un autre côté, l'impopularité croissante de Grégoire ne permettait pas d'espérer que son synode d'Aquilée aurait quelque succès. Restait donc le concile de
i. Hefele, Histoire des conciles {Trad. Leclebcq), t. VI, 2« i>yrlie. p. iibi et suiv. — Bhrlb, Archiv, t. V, p. 39*^64, t. VH* p^ 580'*>9i. - Cf. Alpartil (>r. d'), ChronicaaotiKUo-rum, {Edit. EhrJ/B), p. i43'et suiv.
2. M'Assr, t. XVVI, col. 1097 et suiv. — Hardouixi, t. VU, pp. 19j5el suiv. — NiEM, De scis/nate, i, III, 37. — Valois, t. IV, p. -10.
ADAXPOX DES PAPES PAR LES CARDINAUX. 24îr
Pise vers lequel se tournaient maintenant tous les regards, toutes les inquiétudes ou toutesles espérances du monde catholiqrie. Bien des objections et bien des obstacles se dressaient pourtant contre le projet des cardinaux qui avaient abandonné les Papes. Jamais le monde catholique ne s'était trouvé dans une situation analogue, et jamais, depuis le XV" siècle, ce cas de droit canonique ne s'est représenté.
C'était une séparation d'avec leur chef : était-ce une usurpation de pouvoirs? Etait-ce faire appel à la révolte pour rétablir Tordre"? X était-ce pas. au contraire, un moyen naturel et légal de terminer ce schisme qui courait risque de devenir chronique?
Les deux pontifes protestaient contre le procédé des cardinaux-qui ne pouvaient d après eux convoquer un concile sans le Pape. Ils s'appuyaient sur plusieurs textes du droit canonique, et un anonyme résuma leurs arguments dans une brochure qui eut alors un grand retentissement '.
En général cependant, ces subtilités juridiques, ces interprétations littérales, ces scrupules de légalité ne trouvaient point d "écho parmi les prélats, et surtout au sein des grandes écoles.
Les Universités de Paris, d'Oxford et de Bologne, c'est-à-dire les trois voix les plus autorisées de la science chrétienne, avaient donné un avis conforme aux désirs des cardinaux et hautement approuvé leur conduite. Elles se basaient principalement sur la difliculté des temps et des circonstances, sur le droit naturel et divin que possède l'Église, en vertu de sa constitutioD, de trouver en elle-même le moyen de maintenir et de recouvrer au besoin son essentielle unité -.