Cf. Martèse et Durakd, t. MI, coll. 80'. et
Bologne alla cependant trop loin quand elle prétendit que, lorsqu'un pape s'est engagé à rendre la paix à l'Eglise troublée par un intrus, et qu'il n'accomplit point sa promesse, un simple concile provincial peut lui refuser l'obéissance ' .
La France avait, en effet, osé donner cet exemple en retirant naguère l'obédience à Benoît ; mais si l'Église admettait jamais ce principe, elle consacrerait chez elle la plus complète anarchie. N'est-ce point le cas de répéter un mot de Bossuet : « S'il y a de grands exemples pour, il y a de grandes raisons contre? »
D'Ailly se prononça ouvertement en faveur du concile dans plusieurs ouvrages publiquement approuvés par des théologiens et des juristes. En route pour Pise avec le cardinal de Bar ^, il passa par Aix et par Tarascon, cl dans des écrits datés de chacune do ces villes, il affirma le droit absolu des cardinaux ainsi que le devoir qui s'imposait aux deux Papes rivaux de se faire représenter à l'assemblée future et d'obéir à ses décisions^.
Gerson joignit sa voix à celle de son illustre ami, et faisait bénéficier le synode de Pise de sa popularité ^.
i. Cf. Martène et Durand, t. VU, col. 896.
2. Louis de Bar, appartenait, par sa naissance, à la famille royale de France. Hfut chanoine de Cambrai en 1403, puis il devint successivement évêque de Lanyres, de Chàlnns et de Verdun. Il avait été élevé au cardinalat par Benoît en 1397. l\ mourut e« juillet l't30.
3. La première de ces pièces importantes, celle d'Aix, se trouve dans les œuvres complètes de Gerson, t. Il, coU. 110 et H-2. L'éditeur l'attribue à Gerson lui-même, mais d'Ailly la revendique comme sienne dans sou Apologia Concilii Pisani; cf. Tschackert, Peter von Ailli, app. XII, p. 31 et suiv. La seconde, celle de Tarascon, se lit dans Martène et Dlra^d, Veter. Scrip., t. VII, col. 91C.
4. De auferibililale Papx, De unitate eccksiastica, Propositio facta coram Anglicis, etc. 0pp. Gersonii, t. Il, coll. 113 et suiv. Gerson n'est pas l'auteur des oclo conclusiones quarum dogmatizatio utUis videtur ad exterminationem vioderni schismatis. 0pp. Gers., t. II, col 1 10. Martène et Dlrand, t. VII, co'. 89-2. Celte œuvre est justement revendiquée par
Zabarella, nous l'avons vu, réclame pour l'empereur le droit de convoquer le concile général, ' tandis que Xiem, toujours peu bienveillant à l'égard des papes, rappelle l'histoire dOthon P"" qui convoqua un concile pour déposer Jean XII. Il profite de la circonstance ■pour attaquer la papauté avec des expressions qui rappellent Wiclef, et dont malheureusement certains membres des conciles de Paris lui ont donné l'exemple 1398 et 1406). Pour eux tous, un pape scandaleux est privé par là même de tout droit au commandement^. On voit dans tous ces opuscules, parfois étranges au point de vue doctrinal, comme un funeste contrecoup des disputes de l'école et du trouble profond que le 'schisme avait jeté dans les esprits même les mieux doués'. Nous le répétons, ces opini ^ns sont un écho à peine afi'aibli des doctrines de Marsile de Pudoue et de Guillaume Occam, et les troubles de l'Eglise n'ont fait que les accentuer davantage.
S 4. — La chrétienté se divise de plus en plus.
La grave question du concile ne préoccupait pas seulement les théologiens, elle intéressait aussi le roi des Romains et les politiques allemands.
d'Ailly dans l'Apologia Concilii Pisani qui se trouve en ms. à la bibl. de Saint-Marc à Venise, cod. lat. 1-29, f. 9!. Riclier et Ellies-Dupin oui attribué à Gerson beaucoup do pièces qui sont de l'époque, mais qui n'ont pas été composées par le célèbre chancelier.
1. Voir son traité dans Sciiaiidius, De^uc/sd/caoneimpenoi», p. 696. — Cf. K>EEB, Kardinal Zabarella (Miinster, 1891).
2. De scismqtte, III, 9 à 12, — Simon de Cramaud, Pierre le Roy, Gilles des champs, Maiihieu de Krakow et Gerson tiennent tous le même langage.
3. Sur les discussions qui préparèrent les esprits à la réunion du concile de Pise, sur l'accord fait à la décision prise par les cardinaux de l'une et l'autre obédience, cf. F. Bliemetzrif.der, Das Generalkonzil im grossen cbendlândischen Schisma, p. 221 -iOi.
246 LE GRASD SCHISME.
Robert de Bavière, élu en remplacement de Wenceslas* , était un partisan convaincu du Pape de Rome^ dont le prédécesseur Boniface avait déposé, en 1403, son concurrent à l'Empire. Il avait reçu un ambassadeur du concile de Pise, le cardinal Landolphe de Bari, mais il lui avait fait un accueil glacial. A la diète de Francfort, il avait réservé toutes ses faveurs au neveu de Grégoire, Antoine Corrario , que le pape venait d'envoyer comme légat en Allemagne.
Le roi des Romains avait même permis à Antoine d'injurier en pleine assemblée les cardinaux réunis à Pise et en particulier l'ambassadeur Landolphe. malgré les muinnures des prélats et des seigneurs 2.
Robert voulait- il profiter d«s discordes entre le Pape et Wenceslas pour s'affermir sur le trône impérial et faire poser sur son front la couronne des Césars par les mains de Grégoire XII, son protégé? Rêvait-il de reprendre le rôle d'Astolphe, d'Henri de Franconie et de Frédéric Barberousse et de réunir l'Italie tout entière sous un seul sceptre, celui de l'empereur d'Allemagne *, On a pu le croire. Ainsi l'avait voulu Dante et après lui tant d'écrivains plus patriotes que catholiques.
Mais, en ce moment, le roi des Romains craignait surtout l'influence de la France. Grégoire lui montrait les cardinaux agissant pour le compte de Cliarles VI et cherchant à attaquer et à ruiner l'Enipire. Le concile futur ne devait être qu'un instrument de la politique française.
Robert, ballotté entre ses ambitions et ses craintes, avait peu de confiance dans l'eflicacité des efforts de