Valois, t. IV, p. T
t;i s membres d'abandonner l'obédience de Benoît et de Grégoire, déclarés opiniâtres.
On consacra le mois de mai presque entier à entendre les témoins qui déposaient contre les deux prétendants. Puis, le 23 mai , l'assemblée esquissa la sentence à prononcer. De nombreux maîtres des Universités prirent part aux débals et ne furent pas les moins ardents à condamner le Pape de Rome et même celui d'Avignon.
A cette date^ les cardinaux reçurent des bulles de Benoît. « J'ai pris connaissance de votre convocation au concile, leur déclarait-il, mais je n'y viendrai pas et je vous défends d'élire un autre pape à ma place. »
On passa outre, et, le 5 juin 1409, on se réunit pour la quinzième session solennelle. Les cardinaux remplirent une dernière fois, aux portes de l'église, la formalité de la citation des prétendants, puis les procureurs du concile demandèrent qu'une condamnation définitive fût portée contre Pierre de Lune et Ange Corrario-.
Les pères de Pise allaient rendre une sentence jusqu'alors sans exemple dans l'histoire de l'Église. Tous étaient émus lorsque le patriarche d'Alexandrie, Simon de Gramaud, prit la parole au milieu de l'auguste assemblée. « Benoît XIII et Grégoire XII, ditil, sont reconnus comme scliismatiques, approbateurs et faiseurs de schisme, hérétiques notoires, coupables de parjure et de violation de vœu et scandalisant ouvertement l'Eglise universelle. En conséquence, ils sont déclares indignes du souverain pontificat, ils sont ipso facto déposés de leurs fonctions et dignités, et même chassés de l'Église. Il leur est interdit de se considérer désormais comme Souverains Pontifes, et toutes les procédures et promotions faites
:C2 LE GKAN0 SCHI&ME.
par eux sont cassées. Le Saint-Siège est déclaré vacant et les fidèles sont relevés de leur promesse d'obéissance ' . »
A peine le patriarche eut-il terminé la lecture de cette sentence si grave que des acclamations de joie retentirent dans l'immense enceinte. On chanta le Te Deiim, el une pi-ocession solennelle fut ordonnée po^ r le lendemain, jour de la Fête-Dieu.
Tous les membres de l'auguste assemblée apposèrent leur signature au bas de lacté de condamnatir^n si grave qui venait d'être prononcé.
Sur ces entrefaites entrèrent au concile les ambassadeurs du roi d'Aragon, chargés d'annoncer que les nonces de Benoît étaient enfin arrivés à Pise. Ces envoyés étaient des abbés et des religieux parmi lesquels se rencontrait Boniface Ferrier, frère de saint Vincent^. Ils ne venaient pas apporter l'adhésion deBenoj't à rassemblée conciliaire; ils n'étaient chargés que do rendre publique la renonciation du Pape d'Avignon, si celui de Bome en faisait autant, clause conditionnelle quelque peu dérisoire dans les circonstances.
Ils firent leur entrée au concile le 14 juin, mais leurs prétentions excitèrent bien vite les protestations, puis les rires moqueurs de l'assistance. Le peuple de Pise les accueillit moins bien encore et les accabla parfois de menaces et d'injures. Le chancelier d'Aragon lut écouté avec peu de faveur et l'archevêque de Tar-
1. ilAnnoLiN, ConclL.i. viit. p. 80 et suiv. — Vos ber Hardt, fteru.-» Co;<.-. œcum. Constant. , t. U, col. 136.
-2. Boniface était, comme son frère, partisan .Tcliarné de Benoit. Il écrivit contre les Français présentsau concile et en particulier contre l'évêque de Cambrai ce libelle : Sjiecula contra vasa irte supei- hxretica pravitatepisana, MAnTF.^E etDlrand, Thésaurus, t. II, col. M17. Pierre d'Ailly réponditen crannosant sonApologia CovciliiPisani récemment imprimée dans le Peler von Ailli de Tscuxcuekt, Appendix, p. 31. Sur l'ambassade de Boniface l'eri i;'r, cf. .\Lr.u;TiL M. d'), Chronica acliU^lorurn édit. Ehrlh], p. 187 et suiv.
ragone excita un épouvantable tumulte quand il commença son discours par ces paroles : « Nous sommes les nonces du seul véritable pape Benoît XIII, » C'était une déclaration de guerre plus audacieuse qu'habile.
Aussi les ambassadeurs virent-ils bientôt que toutes leurs démarches auprès du concile seraient inutiles et que tout se préparait pour l'élection d'un nouveau Pape. On fut obligé de leur déclarer que leur vie serait en danger, s'ils persistaient à soutenir les prétendus droits du pontife d'Avignon. Très intimidés, les envoyés quittèrent secrètement la ville et voulurent se rendre auprès de Grégoire. Ils demandèrent à cet effet un sauf-conduit à Balthazar Cossa, alors gouverneur de Bologne. « Qu'ils viennent avec ou sans sauf-conduit, répondit brutalement celui-ci; seulement je les avertis que, si je les prends, je les feraibrûler vifs ' . » De plus en plus effrayés, les nonces de Benoit retournèrent vers leur maître.
Celui-ci, sans se laisser abattre par ces coups réitérés, nomma douze nouveaux cardinaux pour perpétuer ce schisme qu'il avait contribué si grandement à faire naître et à prolonger 2. Expédient fâcheux ajouté à tant d'autres et qui aggrave la responsabilité de son auteur devant l'Eglise et la postérité.
g 5. — L'élection d'Alexandre V
Tout était prêt pour le conclave qui devait, selon les espérances du Sacré-Collège, opérer l'union de TE-
1. MAr.TKSK ET Durand, Veter. Script., t. VU, p. 1112.— Thésaurus, l. n, p. 1476. — Hakdocis, Vin, 17, 89. — Lenfamt, Histoire du Concile de Pise, p. 884.
2. NiSM, De scismale, lib. ni, 14, p. 310. — Ciacosics, Historîa Pontif. roman, et Cardin., t. II, 7»l.
glise. Le 15 juin, les vingt-quatre cardinaux se réunirent dans le palais archiépiscopal de Pise pour procéder à Félection, Le conclave dura onze jours. Peu d'obstacles vinrent du dehors pour retarder le choix du nouveau pape. Au dedans, quelques intrigues se nouèrent, dit-on, pour qu'on élût un pape français. Mais enfin, par l'influence de l'énergique et ingénieux Cossa, les voix se portèrent unanimement sur Pierre Philarghi, cardinal du titre des douze Apôtres. Il fut élu le 26 juin 1409 et prit le nom d'Alexandre V.
Comme Sylvestre IL saint Grégoire VII, Adrien IV et plusieurs autres pontifes, Alexandre était de la plus basse extraction ' . A peine sait-on s'il était Grec ou Italien de naissance. Il fut abandonné par ses parents dès l'âge le plus tendre et il passa son enfance à Candie où il mendiait son pain. Un Frère Mineur, à qui il inspira de l'intérêt, l'instruisit, le fît entrer dans son ordre, puis l'emmena en Italie. Etudiant à Oxford, docteur, puis professeur à Paris, il ae distingua comme maître et comme prédicateur, et se montra partisan déterminé d'Urbain VI. Rappelé en Italie, il devint précepteur du fils de Jean Visconti, duc de Milan, puis évêque de Plaisance (1386), de Vicence (1387) et ensuite de Novare (1389). En 1402, - il fut promu archevêque de Milan et Innocent VII le revêtit delà pourpre. Sous Grégoire XII, il prit activement le parti des dissidents ; il s'acquitta avec un succès incontesté de quelques négociations importantes et contribua grandement à la réunion du concile de Pise.
Son élection était attendue et désirée ; aussi quand le
1. Il a paru, en 1881, une biograpliie grecque d'Alexandre V sous ce titre : Mâf/xou *P£viépKi"I<rropixai MeXÉTat. ô "EXXïîv nàita; 'A)i|avôpoç î'. TèBuÇâvTiov xai y) èv BaffiXefa Sûvoôo^. Cf. Pastor, f. I, p. 200.
î. Cf. Gams, Séries episcoporum, p. 7D6 (Ratisbonne, 18731.
son des cloches l'eut fait connaître, chacun s'empressa de lui témoigner sa J!)ic respectueuse. Peut-être beaucoup (le ces hommages étaient-ils intéressés, car on savait que le nouveau pontife ne pouvait se résoudre à refuser une faveur. Une bonté pleine de munificence était le trait saillant de son caractère. Niem lui-même, habituellement peu bienveillant quand il s'agit du pontife romain, est obligé de louer la générosité de son cœur'. Alexandre fut couronné solennellement, le 7 juillet, par le cardinal de Saluées, au milieu des acclamations universelles, car tout le monde croyait le schisme terminé pour toujours.
Le nouveau Pape s'empressa d'envoyer des légats à tous les souverains de la chrétienté pour annoncer son élection, et il reçut de tous les points du monde les marques d'une vive sympathie pour lui et pour la situation de l'Église. Charlos VI lui écrivit par la main de son secrétaire, Jean de MontreuiP, et la France honora l'humble Frère Mineur devenuPape comme s'il fût descendu du sang des rois. Il présida les quatre dernières sessions du concile, y confirma toutes les ordonnances prises par les cardinaux depuis leur refus d'obéissance, et réunit en un seul les deux Sacrés Collèges. Il déclara ensuite qu'il travaillerait énergiquement à la réforme, de concert avec l'élite des prélats de chaquenation. Néanmoins, Alexandre distribua ^ immé-
1. SiEM, p. 321. — Cf. De difflcuUate reformationis in Concilio universali (août 1410). Cet ouvrage a été longtemps attribué à d'Ailly, mais il est vraisemblablement de Thierry de Niem ; c'est l'opinion de Lenz, de Schwab et d'Hergenrœther. 0pp. Gersonii,t. II, col. 873.
2. Cf. Martèsk ET Durand, Veter. Script., Il, col. 1374. — M^f Hacicceit., Histoire de Saint-Pierre de Lille, t. II, p. 161.
3. Les députés français protesteront plus tard au concile de Rome contre ces faveurs exagérées dont l'Université de Paris fut très mécontente. — cf. FiNKE, Acta Concilii Constant., 1. 1, p. 1C2.
266 LE GRXSD SCHISME.
diatement à pleines mains les grâces et les privilèges, surtout aux Mineurs et aux Augustins, et accorda trop libéralement à ses amis des évêcliés et des abbayes. C'était mal commencer la réforme que d'y contredire de la sorte.
L'assemblée, avant de se séparer, prit ^encore de nombreuses mesures juridiques et régla certaines situations au plus grand profit des prélats, des abbés et des seigneurs: autre funeste exemple donné par le concile expirant. On décréta cependant que dans trois ans, c'est-à-dire en 1412, on réunirait un autre concile général, qu'auparavant les métropolitains assembleraient des conciles provinciaux et examineraient avec LUX la question de la réforme. Ces décisions étaient sincères sans doute, mais on est péniblement impressionné quand on voit les évêques et les abbés songer à augmenter leur puissance personnelle, à diminuer leurs charges pécuniaires avant de penser à s'amender eux-mêmes. « Et haec fuit ipsa reformatio uliro prvmissa! s'écrie douloureusement un contemporain : voila donc cette réformation si bien et si longtemps promise' ! » On pouvait craindre que les actes ne correspondissent point aux paroles et que la réforme, si persévéramment désirée, si ouvertement annoncée, ne restât longtemps encore lettre morte.
Pendant ce temps, Grégoire XII s'efforça de réunir un concile à Cividale de Friouî. Il ne s'y trouva presque personne et on y porta des sentences que la situatiun précaire du Pape rendait forcément inutiles. Les résultats furent tels que le pontife déposé à Pise fut obligé de s'enfuir déguisé en marchand 6 septembre 1409)'''.
1. NiEM, De dif/icullate reformationis in Concilîo universali, 0pp. Gersonii, t. If, col. 8"2.
2. Massi, t. XXVI, pp. 1090 et suiv. — RAYîJ.kLD, a. iV)0. — L. SiiiM;r7., Rômische Quartalschrift, 189», pp. 245 seqq.
Quant à Benoît, il vit ses soldats forcés d'abandonner Avignon devant les troupes fran<;aises et il se hài.i prudemment de passer les Pyrénées et de se mettre do plus en plus sous la protection de son royal ami Martin d'Aragon *'. 11 s'appuyait sur un roseau déjà brisé; le 3i mai 1410, le roi Martin rendait le dernier soupir et îa Providence ôtait ainsi un de ses meilleurs soutier; s à Topiniàtre Benoit.
S 6. — Jugement sur le Concile de Pise.
Malgré les échecs subis par les prétendants condamnés, quelle était, en droit et en fait, la situation de ] Eglise à la fin de l'année 1409?
Le droit pour les cardinaux d'assembler un concile général qui terminât le schisme leur paraissait incontestable. Il résultait pour eux, nous l'avons déjà fait observer, de cette loi naturelle qui veut qu'un grand corps puisse toujours trouver en lui-même un moyen de salut : Salas pop uli suprema îex esto. Tout doit être subordonné au salut de l'Eglise et à la conservation de son unité nécessaire. D'ailleurs les tergiversations et parfois les parjures des deux prétendants semblaient uonner raison aux Sacrés-Collèges réunis. « Jamais, se disaient-ils , nous n'arriverons à faire cesser le schisme tant que ces deux obstinés resteront à la tête des partis adverses. Il n'y a point de pape certain qui puisse convoquer légitimement un concile général. Le pape étant douteux, le Saint-Siège doit être considéré comme vacant. Nous avons donc le mandat légitime d'éiire unpape qui sera incontesté et de convoquer l'Eglise aniverselle pour que cette adhésion rende plus forte notre
^. ALP.irtTiL M. à',,Chronica actilatorum tédit. Eiir.i.E;, p. 193.
208 LE GrxAND SCHISME.
décision. » Des universités fameuses poussaient et soutenaient les cardinaux dans cette voie ' .
Kt pourtant au point de vue thëologique et juridique, leur raisonnement pouvait paraître faux et révolutionnaire. Nous comprenons les hésitations des contemporains sur la légitimité de chaque pontife rival. Mais si Grégoire et Benoît sont douteux, les cardinaux qu'ils ont nommés le sont également. Si la source de leur pouvoir est incertaine, leur compétence à convoquer l'Eglise universelle et à élire un pape réfait aussi. C'est un cercle vicieux manifeste. Comment dès lors Alexandre V, élu par eux, aurait-il des droits incontestables à être reconnu par la chrétienté tout entière? De plus, il était à craindre que certains esprits ne se servissent de cet expédient passager, de cet exemple unique, pour en faire une loi générale el pour proclamer la supériorité du Sacré-Collège et du concile sur le Pape.
Ce fut, en effet, ce qui arriva. Zabarella, nomme plus tard cardinal, avait déjà érigé en p-rincipe que le Sacré-Collège devait être comme une commission permanente préposée au gouvernement de l'Eglise, au détriment du Saint-Siège"'*. Pour lui, le pontife n'est plusquelepremier ministre de l'Eglise, \ecaputininisteriaie. Plas tard, Richer et son école ne parleront guère autrement. Le môme Zabarella se permettra d'aiïlrmer aussi que, quand le collège des cardinaux ne peut ou ne veut convoquer le concile, ce droit ap-
1. C'esl le j)rincii>e que préconise le traité qu'on a si I ngtemps attribué à Gerson, De modis uniendi Ecclesiam... 0pp. Gersonii, t. II, col. !•;:{. — Cf. Pastor, t. I, 203. — Lenz, Drei Tractate ans dem Schriftencyldus, etc., p. 29. Cf. F. Bliemetzrieder, Das Generalkonzil, etc., p. 221-2'.»3.
2. Ce traité fameux intitulé De schismatibus auclorilatc imperatoris tollendis a été publié dans Schaudius, De jurisdiclione imperiali, p.698- 711. Cf. F. Bliemetzrieder, op. cit., p. 230. Plaoul avait déjà soutenu ce principe au concile de Paris de 1406. Cf. Bourgeois dlChastenet, Preuves, p. 191.
partient klEnipereur; c'est la théorie que nous verrons appliquer à Constance. L'esprit césarien succédera à l'esprit révolutionnaire : c'est dans l'ordre et dans la logique des choses.
Le moyen employé par les cardinaux ne devait pas réussir, même momentanément. La situation de TÉglise devint plus précaire : au lieu de deux têtes, il y en eut trois. Les deux premières obédiences ne disparurent pas, et l'on n'arriva qu'à en créer une nouvelle. Pourtant, à certains points de vue, la situation d'Alexandre est meilleure que celle de Clément Vil et de Benoit XIII. Il n'a pas été élu en opposition avec un pontife universellement reconnu et par des moyens schismatiques. L'opinion presque commune affirme que lui et son successeur Jean XXIII ont été de vrais papes ' . Si les pontifes d'Avignon ont eu un titre coloré vis-à-vis de leur obédience, on peut le démontrer à plus forte raison pour Alexandre V aux yeux de l'Eglise universelle.
En fait , le Pape de Pise fut reconnu par la majorité de l'Eglise, c'est-à-dire par la France, l'Angleterre, le Portugal, la Bohême, la Prusse, quelques contrées de l'Allemagne et de l'Italie, puis le Comtat-Venaissin ', tandis que Naples, la Pologne, la Bavière, et une partie de l'Allemagne continuaient à obéir à Grégoire et que l'Espagne et l'Ecosse s'obstinaient à rester soumises à Benoît.
L'élection d'Alexandre ne produisit donc pas immédiatement cette pacification que beaucoup de fidèles
1. Bellarmin, De conciL, ï. I, c. 8. — Mdzzarelli, De auclor. Rom. pontifias, t. n, p. 414.— TosTi, Storîa del Concilio di Costanza, t. I, p. dS.
2. Cf. la lettre de Siiio:» de Cramaid dans les Acta concilii Constanc, 1. 1, p. -253.
avaient espérée. Pierre d'Ailly, un des hommes les plus clairvoyants de son époque, avait prévu ce résultat et n'avait point caché ses appréliensions. « Si le concile fait une élection nouvelle, avait-il écrit, il ne faudra pas y procéder avant d'être sûr de fadhésiou de la chrétienté tout entière ou tout au moins de la majorité... Sinon, ce serait greffer un nouveau schisme sur l'ancien et la seconde erreur serait pire que la première ' . »
Il ne fut pas écouté par les Pères de Pise qui, confiants en leur omnipotence, voulaient précipiter fa solution et ne consentaient pas à prendre les précautions désirables pour assurer le résultat. An moment de la convocation du concile, ils ne s'inquiétèrent point de préparer l'opinion et de la détacher insensiblement des pontifes qu'il s'agissait de renverser. Ils n'envoyèrent pas de légat en Hongrie et dans les régions du Nord; ils laissèrent de côté l'Espagne avec ses divers royaumes. Si, comme nous le verrons plus tard, le concile de Constance vint à bout de rétablir l'unité, c'est parce qu'il eut à cœur de suivre une voie absolument opposée. Il renversa le successeur du pape éh; à Pise, mais dans cette question si importante et si délicate , il procéda avec une sage lenteur et il s'entoura d'avance de toutes les conditions de succès.
Pourquoi le synode de Pise se proclama-t-il œcuménique, pourquoi émit-il la prétention de parler au nom de rÉglise universelle, quand il savait que plusieurs nations n'étaient pas représentées? Il ne dut point sé-
1. Avis donné à Tarascon, le 10 jaii\ ier 1409, par l'évêque de Cambrai ; Martéxe et DiRA>D, Veter. Script, t. VU, coll. 9t7 et 146i. — Cf. N. de CLÉiTAîiGis, disciple de d'Ailly, Opéra, p. 71. — Gersox, Propos, corani Anglicis; 0pp. Gersonii, t. U, col. li!8. — Tsciiackert, Peter von AiUi, p. 153.
lonner de voir que ses décisions ne furent pas unaniiiiement approuvées. D'un antre côté, pourquoi accuser les deux prétendants, non seulement de schisme, mais de véritable hérésie? Ce sont des griefs que la passion invente, mais que ne peuvent soutenir ni la théologie, ni la justice.
Aussi le même Pierre dAilly put-il ajouter plus tard : « Quoique la célébration du concile de Pise et
élection d'Alexandre V soient tenues pour légitimes
t canoniques par l'obédience de Jean XXIIf, cependant les (Jeux obédiences opposées soutiennent le conliaire, non sans probabilité, et les difficultés de droit
l de fait ne sont pas moindres qu'avant '. » Et Gerson pense de même : « Le schisme actuel présente tant de doutes, écrit-il, qu'il serait téméraire, injurieux et scandaleux de prononcer que les fauteurs de tel ou tel parti sont hors de la voie du salut -. r> Donc, selon l'opinion des partisans même du concile , on peut douter de la canonicité de ses actes et de la valeur de -es sentences. Comment dès lors le considérer comme
ecuménique, surtout si l'on sait d'avance que le pape légitime, quel qu'il soit, ne l'a ni convoqué ni présidé et que cette assemblée n'a point représenté l'Église universelle?
Aussi les théologiens et les canonistes se sont-ils Tiontrés sévères à 1 égard du synode de Pise.
D'un côté, à l'extrême gauche des docteurs, nous entendons un partisan acharné de Benoît, Boniface Ferrier, l'appeler ■< un conventicule de démons ^. »