IM servorum Dei beatificatione, 1. I, c. IX, n
2. Bau'ze, t. II, col. 813. Il nomme ce cliàlelain Pierre RoBtainfc
L'ÉLECTION D'iURBAIX VI A RoME. 31
On connaît le mot de Bossuet faisant le récit des derniers moments d'Alexandre le Grand : « Il expira plein des tristes images de la confusion qui devait suivre sa mort. » Telles furent aussi, semble-t-il, les appréiieûsions qui hantèrent les dernières heures du pontife mourant.
Le décès du Pape excita dans Rome des sesntiments divers; mais celui qui dominait était l'inquiétude du lendemain. Le personnage encore inconnu que le conclave allait élire quitterait-il la Ville éternelle comme Urbain V, ou bien se déterminerait-il à y rester comme 'u'égoire XI? La France allait-elle garder sa préponlérance dans la direction de l'Église, ou l'influence allait-elle passer à l'Italie? Rome serait-elle de nouveau, et pour toujours peut-être, privée de ses pontifes, qui voudraient retourner à Avignon? Resterait-elle comme un corps sans tête, sur les bords abandonnes du Tibre, livrée aux divisions et à ranarchie, sans défense contre les ambitions d'un empereur coraime Louis de Bavière, ou les excitations d'un tribun comme Cola de Rienzi? Voilà quelles étaient à Rome les préoccupations de tous les esprits au courant des choses , des prêtres, des nobles, des capitanei.
Le peuple, de son côté, s'inspirait de sentiments moins élevés et plus positifs. Les Transtévérins s'agitaient; ils abordaient dans les rues les cardinaux éiectenrs et leur criaient : « Depuis soixante-dix ans, la France se gorge de l'or romain ; à nous maintenant de nous enrichir de l'or français '. »
Le duc d'Anjou allait-il être bon prophète, lui qui
mais une plèoe récemmeot publiée par Gayet l!appelle Gandelln de Saint-Crispin(t. I, Pièces justif., pp. 161 et 168.). Pierre Rostaing éUit «oa oncle, Français d'origine, mais Italien d'adoption (i'ftid., p. \m>). 1. JBallze, t.I, col. 1073.— Opéra Gersonu (édit.Ellies-Dupiu), t.I, p. il.
avait annoncé à Grégoire XI l'avenir qui attendait la papauté dans la Ville éternelle? « Si vous morés par delà, lui avait-il dit, Romains, qui sont merveilleux et traîtres, seront maistres de tous les Cardinauls et feront pape de force à leur séance » ^ (à leur convenance).
Ce qui pouvait le faire craindre, c'est que tous les citoyens romains, riches ou pauvres, étaient d'accord pour soutenir une prétention que nous considérons aujourd'hui comme extravagante, et qui était pour eux une sorte de dogme incontesté, à savoir le droit que possédait le peuple romain deprendrepartàl'élection dupape.
Depuis longtemps, la noblesse turbulente et orgueilleuse de Rome avait cru qu'il lui appartenait de faire sentir son influence et d'imposer ses préférences au conclave. L'histoire ecclésiastique et civile est pleine des démêlés entre les Orsini du château Saint-Ange et leurs éternels adversaires, les Colonna du Capitole. Rome avait vu les Pierleoni de l'île du Tibre disputer la tiare à ces fiers Gaetani qui avaient établi leur aire d'oiseaux de proie dans le tombeau monumental et fortifié de Caecilia Metella. Aujourd'hui, il ne s'agissait plus d'une querelle entre familles rivales, mais des prétentions de tout un peuple. Les capitulaires impériaux et de nombreuses usurpations avaient confirmé les Romains dans cette erreur séculaire. D'un autre côté, le soulfle national et démocratique d'Arnaud de Brescia etde Cola de Rienzi avait soulevé toutes les revendications opposées à l'autorité pontificale. Il est juste d'ajouter que la faute en était aussi à certains théologiens de l'époque qui, à cet égard, faisaient beaucoup trop d'avances aux Romains dégénérés et accordaient trop de concessions à l'orgueil posthume de l'ancien peuple-roi^.