‹ Le grand schisme d'OccidentChapitre 125 sur 183 · Histoire de Loui» XIV, t. I, p · texte numérisé non relu

Histoire de Loui» XIV, t. I, p

3. Mo.NTALEHBERT, Des intérêts catholiques, œuvres, t. V, p. 35. 3. Cf. Gkrsos, Depotestate Eccles. consid. X et xn, t. Il, col. 240 et suit. — BosscET, Defensio, 1. VI, c. 19.

moyen d'en finir avec le schisme, c'est ce que les coryphées du gallicanisme avouent sans détour. Quelle ait été votée ah irato par esprit de rancune et pour tirer vengeance des procédés de Jean XXIII, tous ceux qui nous ont suivi dans ce récit le diront avec nous.

Nous avons tout lieu d'en être convaincu, l'esprit de l'homme, dans ses inspirations les moins saines, a eu plus de part à toutes ces délibérations que l'esprit de Dieu.

De plus, ces articles, si contraires aux traditions les plus respectables et d'une forme si extraordinaire, ont été préparés, rédigés et promulgués avec une hâte passionnée'. Trois sessions générales ont lieu coup sur coup en douze jours (du 26 mars au 6 avril? et deux sur trois aggravent les mesures et les décisions précédemment adoptées. C'est un opus tumultuarium qu'a très bien décrit de Maistre : « Qu'on se mette, ditil, à la place des évêques de Constance, agités par toutes les passions de l'Europe, divisés en nations, opposés d'intérêts, fatigués par le retard, impatientés par la contradiction, séparés des cardinaux et, pour comble de malheur, influencés par des souvenirs discordants. Est-il donc si merveilleux que, pressés d'ailleurs par l'immense désir de mettre fin au schisme le plus déplorable qui ait jamais affligé l'Eglise, ces évêques se soient dit à eux-mêmes : « Nous ne pouvons rendre la paix à l'Eglise et la réformer dans son chef et dans ses membres qu'en commandant à ce chef même : déclarons donc qu'il est obligé de nous obéir. » De beaux génies dès siècles suivants n'ont pas mieux raisonné'. »

i. C'est l'opinioQ de BtHarmin et des docteari de 'Louvaén. J>e ConctlauctoTitate, Xtx.

s. De Maistre, Du Pape, livre I, ch. u.

Et ce sont ces décrets de passion et de combat, rédigés avec cette scandaleuse rapidité, sans précision et. sans réserves, quon oserait comparer, sous le rapport de la valeur, aux articles de foi des anciens conciles si longtemps attendus, si mûrement pesés, si savamment délibérés et si clairement approuvés !

Quel est donc la véritable portée de ces propositions de Constance? Ont-elles été faites pour avoir force de loi dans l'avenir, en tout temps comme en tout lieu, ou bien visent-elles seulement la situation précaire de lEglise au commencement du X\^ siècle? Est-ce une thèse absolue ou un expédient transitoire? Est-ce un dogme proclamant la supériorité du concile sur le Pape, ou un moyen inventé pour le temps du schisme afin de sortir d'un cas embarrassant et périlleux? Bien des théologiens sérieux ont pu affirmer que ces décrets sont exceptionnels et qu'ils ne sauraient être applicables à des temps réguliers où l'Église obéit à un pontife unique et incontesté ^ . Ils s'appuient sur le texte même des articles qui exposent le but unique et exclusif de l'assemblée réunie à Constance, pro extirpatione praesentis schistnatis, ad consequendum faciliiis, securius, çelocius, et liberius unîonem et r'eformatione/n Ecclesiae. Certains autres termes des décrets, disent-ils encore, sont limitatifs ; ils ne regardent que le présent concile et les circonstances extraordinaires dans lesquelles se trouvait l'Eglise. Qu'importe, ajoutent-ils, que le conciliabule de Bâle ait prétendu donner à ces articles une

1. MmzARELLi, De auctorit. Summi Ponii'fîcis, t. H, c. xvit, § 2-7. — Vmmx, Piaclect. hist., t. IV, p. l», c. iv, p. 63. — Christophe, Histoire de la Papauté ptndant le XIV siècle, t. ni, p. 485. — Thrrecremata, Apol. in eonc. Floren.,Summa rie EccL, t. H, c. \a\. — Badorill.irt, dans le Dictionnaire dethâologie catholique, y" Constance {concile de), col. 1220.

valeur absolue et consacrer pour toujours les prétentions du concile vis-à-vis du Pape? N'est-on pas fondé à dénier toute autorité à cette réunion de prélats schismatiques comparable au brigandage d'Éphèse de Tan 449 n

Ainsi parlent ces auteurs, et leurs arguments ne manquent point de force, bien que toute l'école gallicane ait toujours voulu donner à ces déclarations conciliaires une portée générale 2.

D'autres, avec plus déraisons, croyons-nous, contestent la valeur de ces décrets en considérant, non plus leur sphère d'application, mais la source d'où ils émanent ^. Sans doute, le concile de 1415, s'est déclaré œcuménique, disent-ils; il le fallait bien pour en tirer la conséquence que toute personne de condition ou dignité quelconque, même papale, serait obligé de lui obéir, mais l'était-il réellement?

Il ne suffit pas de le prétendre pour le devenir. Deux obédiences n'étaient point représentées à Constance et n'approuvèrent jamais les fameux décrets. Les cardinaux en masse protestèrent. De plus, lepape Jean XXIII était absent, et il ne s'était point fait remplacer par des légats, de telle sorte que la fuite du pontife, qui fut l'occasion de ces décrets schismatiques, reste en même temps une des raisons qui leur enlèvent toute valeur.

*., cf. le chap. VI. du présent volume, p. 121.

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