Vos DER Hardt, t. IV, col. 68. — Massi, t. XXVII, p. S
■y.S LE GRAND SCHISME.
sion, c'est qu'ils espéraient voir le Pape ratifier plus tard les décisions prises ' . On le sent, les deux cardinaux s'effrayaient eux-mêmes de la tournure passionnée et révolutionnaire que prenaient les événements.
Sur ces entrefaites, les trois membres du Sacré- Collège envoyés à Schaffouse revinrent à Constance.
Le 28 mars, jeudi saint, le cardinal de Pise rendit compte de sa mission. Le Pape maintenait ses premières déclarations, mais il persistait à vouloir séjourner hors de la ville durant quelques semaines en restant entouré d'une cour suffisante. Il demandait en outre que son protecteur Frédéric ne fût pas poursuivi, au moins pendant un certain laps de temps.
Ces propositions furent défavorablement accueillies et donnèrent lieu à de violents débats. Le roi des Romains et ses partisans ne voulurent accepter aucune des réserves du Pape : ils ne virent dans ses demandes que des subterfuges pour arrêter la marche du concile, pour en suspendre les délibérations et pour arriver à le dissoudre. Tous décidèrent de tenir sans délai une nouvelle session, qui fut fixée au 30 mars, samedi saint-.
Mais, dans l'intervalle, le vendredi saint, les nations de France, d'Allemagne et d'Angleterre, réunies dans le couvent des Franciscains, rédigèrent {jiationaliter) quatre articles devenus aussi célèbres dans l'histoire que ceux de la fameuse déclaration de 1682.
1° Le concile de Constance légitimement assemblé dans le Saint-Esprit, formant un concile œcuménique, et repj'éseniant l'Eglise militante, tient son pouvoir immédiatement de Dieu. Tous les fidèles, y compris le
1. VOK DER Hardt, t. IV, p. 70-74. —Mansi, t. XXVn, p. 379. — Hakdolin, t. VII, p. 2iO.
■2. Plusieurs «.'.aies sont fautives dans Hap.dolin et dans Mansi, loc. et.
Pape, sont tenus de lui obéir en ce qui concerne la foi, rextinction du schisme ainsi que la réforme de l'Église dans sa tète et dans ses membres.
2° Quiconque, fût-ce le Pape lui-même, aura obstinément refusé de se conformer aux décrets, statuts et ordonnances du saint concile, ou de tout autre concile général canoniquement assemblé, sur les points précédemment indiqués ou autres semblables, subira la peine qu'il aura méritée, et l'on pourra recourir à d'autres moyens de droit, si c'est nécessaire.
"à" La fuite du Pape est un acte répréhensible et scandaleux; elle le fait soupçonner de vouloir favoriser le schisme et même d'être tombé dans Ihérésie.
4* Jean XXIIl et toutes les personnes invitées au concile ont toujours joui et jouissent encore de la plus entière liberté ' .
Tous les lecteurs voient combien ces propositions, décrétées par trois nations sur quatre, sont peu acceptables au point de vue théologique. Les deux premières contiennent toute l'essence du gallicanisme : elles en renferment tout le venin schismatique.
11 faut le remarquer, les cardinaux et la très nombreuse nation d'Italie ne prirent aucune part à la rédaction de ces articles. Au contraire, ils s'en montrèrent très mécontents. Ils allèrent trouver Sigismond, lui rappelèrent les promesses du Pape en vue de la cession et le prièrent de ne pas permettre que ces quatre articles fussent publiés le lendemain dans la séance générale [conciliariter). 11 lui firent observer, en effet, que plusieurs des décrets proposés par les trois nations étaient inadmissibles ; ils cherchèrent aies modifier et à les rem-
1. Von ûer Hardt, t. IV, p. 81. — Hefelb (Trad. Lkclercq), t. VII, i" l)ai lie, p. 205. — SCHELSTKAETE. TrQclalus de decrelis Conslanliensibus (Rome, 1686), p. 3. Le troisième article aurait été ajouté sur l'initiative de Gcrsoa. Valois, t. iv, p. 296.
placer par d'autres. Le roi des Romains comprenait parfaitement qu'il fallait éviter à tout prix une rupture entre le Sacré-Collège et le concile, 11 chercha à faire entendre raison aux nations, mais il ne put obtenir qu'à grand'peine un délai de quelques heures pour louverture de la quatrième session.
Sigismond sut habilement mettre à profit ce moment de répit; il manœuvra dune manière si ferme et si politique qu'au moment de louverlnre de la séance, les cardinaux et les députés des nations étaient d'accord pour supprimer tout ce qui aurait été de nature à blesser le souverain pontife. Sans doute, le plus grand nombre des membres du concile n'étaient pas dans le secret, mais on comptait enlever le vote par surprise.
La quatrième session s'ouvrit donc le samedi saint. .30 mars 14i5,sous la présidence du cardinal Orsini,l:î3 cardinaux de Viviers et de Cambrai étant ou se disant malades. L'étonnement de la majorité fut grand, quand on entendit Zabarella lire trois articles absolument différents des quatre qui avaient été approuvés la veille nationalité}'. Le premier point seul était à peu près semblable; encore avait-on supprimé les mots : réforme de la tête et des membres.
Le second article était ainsi conçu : Jean XXIIl ne pourra faire venir de Constance, sans l'assentiment des pères, les membres et employés de la cour romaine, dont l'absence risquerait d'entraîner la dissolution du concile.
Troisième article : toutes les peines édictées par le Pape, depuis son départ de Constance, contre les partisans et les membres de l'assemblée demeureront sans effet <.
i. D« viTes discussions se sont élevées sur le texte des décrets de !a quatrième seseion et particulièrement sur ces mots : la réforme dans k chef et dans les membre$.lïs ne oaraissent point dans seize manuscrits,
CONCILE DE CON.sTAXCE. 311
Ces trois articles étaient beaucoup moins durs que les quatre qui avaient été proposés par les nations. L'adresse et le crédit des cardinaux étaient parvenus à éviter 1 ecueii. Aussi le mécontentement fut-il extrême parmi les ennemis acharnés du.l'ape, et en particulier parmi les délégués de 1" Université de Paris.
Un événement inattendu vint pousser jusqu'à la fureur les sentiments hostiles à Jean XXIII. Le vendredi saint, le pontife avait quitté Schaffhouse et s'était réfugié au cliâteau de Laufenbourg. à quatorze lieues à Touest de cette ville, il craignait, disait-il, une attaque imminente de Sigismond contre le duc d'Autriche et il s'éloignait de plus en plus de Constance. Les nations virent dans cette seconde fuite un acte nouveau d'hostilité et une manœuvre de perfidie.
Bien plus, le Pape, disait-on, avait déclaré, par devant notaire, que toutes les concessions faites par lui à Constance lui avaient été extorquées par force et que par conséquent elles étaient nulles ' .
Dès lors les protestations injurieuses et menaçantes redoublèrent et on résolut de ne plus rien ménager, de rendre coup pour coup et de faire sentir à Jean XXIII jusqu'à quel point le concile lui était supérieur. Rien ne parut plus opportun que de reprendre les quatre articles violents qui avaient été votés le vendredi saint par les nations de France, d'Allemagne et d'Angleterre.
On réunit en toute hâte les pères en assemblée générale; cette session se tint le samedi de Pâques 6 awil,
mais quelques autres manuscrits ainsi que les actes imprimés du con cile les portent, il est très probable que Zabarella les a supprimés à la lecture : c'est sans doute la cause des vifs reproches qui lui furent adresses dans la suite.
1. NiEM, Vita Johannis XXUI, apud Vos der Hardt, t. II, col. 399.
et fut la cinquième. Le cardinal Orsini présidait de nouveau. D'Ailly, le cardinal de Viviers et plusieurs autres n'y parurent point. Sept cardinaux cependant y assistèrent, mais ils eurent soin de déclarer préalablement qu'ils ne le faisaient que pour éviter le scandale, et non pour approuver les décisions extrêmes qu'ils s'attendaient à voir formuler. Ils se défiaient sans doute de ce phénomène particulier aux assemblées délibérantes, et qu'on a appelé naguère la folie en commun. L'évêque de Posen donna aussitôt lecture de cinq articles que demandaientlesnations et qui réunissaient cinq des points votés le vendredi etle samedi saint. Le premier est celui que nous avons déjà rapporté avec l'addition qui demande la réforme dans la tête et dans les membres de l'Église.
Le second, qui est tout aussi déplorable et aussi injurieux réclame des mesures de rigueur à l'égard du Souverain Pontife, s'il refuse d'obéir- aux décrets de l'assemblée de Constance ou de tout autre concile général.
Le troisième et le quatrième ne sont autres que le second et le troisième de la quatrième session. Ils défendent au pontife d'appeler à lui la curie et ils annulent toutes les condamnations portées contre le concile.
Le cinquième est conforme au quatrième de la congrégation du 29 mars; il affirme que le pape Jean et les membres du concile ont toujours joui de la plus complète liberté ^ .
Triste page dans les annales de l'Église ! Elle montre combien est vraie cette réflexion que fit Pellisson, lors de lacceptation des quatre articles de 1682 : « La
1. Von der Hardt, t. IV, p. 81 et suiv. — Mansi, t. XXVH, p. 584. Hi;: ELE (Trad. Lecleiicq;, I. VII, I7 parlie, p. 20f).
juridiction ecclésiastique est une matière dans laquelle on n'entre presque jamais sans aller plus loin qu'on ne voudrait *. »
S 4. — Jugement sur les décrets de Constance.
Tels sont, dans leur essence schismatique, ces fameux articles de Constance, que le conciliabule de Bâle a repris en les aggravant, que l'assemblée de 1682 a de nouveau préconisés. Ils contiennent en germe toute cette doctrine gallicane qui a fait tant de mal à l'Eglise de France, et qui a été peut-être « la plus redoutable et la plus enracinée de nos erreurs^ »,
Ces quatre articles ne sont pas autre chose qu'une œuvre de guerre et de ressentiment, créée par un vote hàtif, dans une heure de trouble, par une assemblée incompétente, qui n'y voyait peut-être qu'un expédient passager, mais qui, en tout cas, se déclarait œcuménique sans aucun droit et qui n'a jamais reçu sur ce point l'approbation du Souverain Pontife.
Que cette thèse de la supériorité du concile sur le Pape ait été jusqu'alors inconnue dans l'Eglise, c'est ce qu'aucun théologienne saurait contester, à moins qu'il ne pousse le parti pris jusqu'à choisir pour le portevoix de la vraie doctrine tel ou tel docteur hétérodoxe, telou tel évêque gallican, ouje ne sais quels professeurs de la Faculté de Paris à la fin du quatorzième siècle. Que cette opinion, jusque-là taftcée d'hérésie, ait été mise en avant à cette époque uniquement comme un