‹ Le grand schisme d'OccidentChapitre 130 sur 183 · GOYAU, Le Vatican (Paris, 1895), p · texte numérisé non relu

GOYAU, Le Vatican (Paris, 1895), p

2. « L'on reconnaît plutôt dans son langage l'emportement téméraire d'un sectaire que la sagesse d'un apôtre. • C'est l'aveu du protestant EMILE DE BoNNECHosE, d'aiUcurs grand partisan du novateur, Les Ri'formaleurs avant la Réforme, Jean Hus, lib. I, eh. m, p. 128.

et la confieront enfin sans répugnance comme sans réserve aux mains de César, pape et roi.

Comme Luther, Jean Hus fut cité devant la cour de Rome et condamné par elle ; comme lui aussi, Ihérésiarque bohème en appela au concile général, et continua malgré toutes les défenses à dogmatiser avec ardeur. A Prague, comme un siècle plus tard dans certaines diètes allemandes, l'autorité civile, irrésolue et troublée, se laissera arrêter par quelques protestations hypocrites, et permettra qu'on émousse dans ses mains le glaive de la justice. Jean Hus s'appuiera sur la noblesse tchèque et sur le seigneur d'Austie, comme Luther sur l'électeur de Saxe et Ulrich de Hutten : le premier trouvera un asile aux châteaux de Kozihradek et de Krakovec, comme le second dans le donjon de la Wartbourg.

Les doctrines mêmes de Jean Hus ont de grands rapports avec celles qu'enseignera Luther, cent ans après. L'hérésiarque bohème commence, lui aussi, à battre en brèche l'enseignement catholique à propos de la croisade et de la publication des indulgences^ (1411).

Mais ce premier démêlé n'est que l'occasion d'une rupture plus complète. Pour lui l'Eglise n'est que la société des prédestinés [prsedestinati) ; ceux qui ne le sont pas, ceux dont Dieu prévoit la damnation {prcesciti) ne pourront jamais faire partie de ce corps mystique de Jésus-Christ '.

Point de mérite à acquérir et à conserver : c'est par la foi seule et non par l'observation de la loi que

1. Palackt, Documenta, p. 4J8. — Hefele, Histoire des conciles (Trad. Leclfrcq}, t. VU, 1" partie, p. l%ii.

2. Cappe-^berg, Ulrum Hussii dûctrina fueril hseretiea {H\iD»ier:,iS^. — Friedrich, Die Lehre des Joh. Hus (Ratisbonne, 18G*), p. 13. — Hcfelf., pp. 1")3, 9'>- et suiv.

Ihomme est sauvé '. Déjà Wiclef avait soutenu ces désolantes et désespérantes doctrines ^. Cette Église est fondée sur le Christ et non sur Pierre : le premier des apôtres n'a jamais été sa vraie tête. Pour Jean Hus le véritable pontife est Jésus-Christ seul. L'Église peut être gouvernée sans vicaire de Jésus-Christ. Le Pape est, tantôt l'Antéchrist, tantôt son serviteur ; il a parfois professé l'hérésie ; il ne doit posséder aacun bien temporel. L'hérétique ne craint pas d'attaquer les bulles papales de la façon la plus ignoble, et il répète à tous ceux qui veulent lentendre l'histoire aassi honteuse qu'apocryphe de la papesse Jeanne^. Les évoques, les prêtres et les moines, surtout les mendiants, sont, tour à tour, accablés d'injures et de mépris.

La règle de foi vivante étant ainsi vilipendée et écartée, le réformateur place toute l'autorité doctrinale dans une des règles mortes, je veux dire l'Ecriture et la loi du Christ. 11 ne tient les décrets du Pape pour obligatoires qu'autant qu'ils s'accordent aVec cette loi : mais chacun est juge de cet accord. C'est le libre examen, c'est l'autorité infaillible de la raison individuelle que proclamera Luther ^. Hus exige, en outre, pour tout le monde, la permission de lire et le droit d'interpréter la Bible.

Lorsqu'il expose la doctrine sur les sacrements, le novateur réclame pour tous les fidèles la communion

1. AiiMiMus Jepp, Gersoft, Wiclef, Hussus inter se et cum reformataribus comparati (Gœtlingse, *857), p. 6i. — Cf. Winkîlxahn (Joa. Cav. Aug.), même titre et même année.

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