Ibid., ch. lelVI
eatre bientôt à Prague dans une de ces Universités qui s'ouvraient alors devant les moins favorisés de la fortune. Il devient rapidement professeur, puis doyen de la Faculté des Arts, et enfin, en 1402, recteur de l'Université. C'était un homme de grande taille, aux traits amaigris et ascétiques, à la dialectique habile, à Téloquence âpre, pleine de verve, d'énergie et de subtilité. 11 entraîne plutôt qu'il ne convainc, il est tribun bien plus que rhéteur et professeur, l'invective amère est son arme favorite; Juvénal ou Dion Chrysostome sont ses modèles bien plutôt que saint Jean ou saint Irénée. Il est impitoyable pour tout ce qu'il croit être l'erreur, il n'épargne point les personnalités même les plus hautes : il s'en prend surtout au clergé, en séduit une partie et attaque le reste avec une animosité d'esprit opiniâtre et mal équilibré. Il réclame la réforme, dût-il être entraîné jusqu'à la révolution.
Les premières erreurs de Jean Hus lui vinrent de l'étranger. Wiclef avait prêché une doctrine subversive en Angleterre; il avait soulevé le peuple en attaquant tout à la fois le pouvoir ecclésiastique et la puissance civile. Dès 1385, ses théories philosophiques avaient pénétré en Bohême, et, vers 1402, ses livres de tiiéologie s'y étaient répandus à profusion. Jean Hus embrassa bientôt toutes ses erreurs ' .
Professeur à l'Université, il était accneilli par les
i. Cf. J. LosERTH, Husund IWc^j/îPrague-Leipzig, 1884'. — Budbnsieg, J. Wiclif und seine Zeit (Gotha, lS8>j. — Stevenson*, The trvh aboul J. Wiclef (1885). — Krdmmel, Leben des J. Huas, eines bekannten Reformatoren (Kempten, 1873), et les autres ouvrages du môme auteur sur la question. — Schafp, John Huss, his life teachings and death after five hundredyears (Londres s. d.). — W. Flajsuans a commencé en 1903 une édition des œuvres complètes de Jean Hus. La Wiclif Society, fondée en 1884 à l'occasion du 6" centenaire de la mort de Wiclef, a entrepris de rééditer toutes les ceuvres du réformateur anglais.
applaudissements dune jeunesse enthousiaste ; prédicateur en langue tchèque dans une église de Prague, il entraînait, par ses violences de sectaire et ses ardeurs d'illuminé, un peuple tout à la fois ardent et ignorant ; confesseur de la reine Sophie, il s'était créé par là même des amis et des protecteurs puissants à la cour du faible et voluptueux Wenceslas.
A partir de 1407, le maître inclina de plus en plus vers Wiclef ; il écrivit à ses partisans en Angleterre et défendit ouverlement ses erreurs, malgré les oppositions de l'arcbevéque et de la majeure partie du clergé.
Le patriotisme vint bientôt compliquer la situation en échauffant davantage les esprits. Alors comme en ces derniers temps, deux partis divisaient l'Uaiiversité de Prague : d'un côté se trouvaient les Allemands attachés à Grégoire XII et ennemis des doctrines nouvelles, de l'autre, les Bohémiens partisans du concile de Pise et pour la plupart attirés vers le wieléfisnie. Les Allemands avaient trois voix contre une au sein de ÏAlr7îa Mater bohème; mais ^Venceslas prit parti contre eux et décida que désormais la nation tchèque aurait trois voix et les trois nations de langue allemande (Allemagne proprement dite, Saxe et Pologne) une seule (18 janvier 1409}. En guise de réponse, les Allemands se retirèrent en masse. Les Tchèques qui avaient longtemps subi leur joug, s'en réjoniTent hautement. Pour mieux accentuer le sens de cette mesure, Hus fut nommé recteur de rUniversité ainsi mutilée. Elle sortait du conflit moins nombreuse sans doute, mais plus unie et rendue plus audacieuse par une victoire inespérée.
La cause des wicléfistes de Bohême fut portée devant le pape Alexandre V qui somma le roi de procéder contre eux. Un synode présidé par l'archevéquevcondamna au
feu les œuvres de l'hérésiarque que Hus et les siens reconnaissaient pour chef.
L'Université protesta au nom de la réputation dorthodoxie de la Bohême. Les Tchèques acceptaient toutes les nouveautés théologiques comme un symbole et un instrument de leur réveil national'. C'est pour venger l'injure faite à la nation bohème que Jean Hus en appela au nouveau pape Jean XXIII, et tout son parti couvrit d'insultes l'archevêque de Prague ainsi que les prêtres restés fidèles '.
Un chevalier nommé Jérôme de Prague, ancien étudiant de l'Université de Paris, était devenu un des chefs du parti ; il soutenait ouvertement les novateurs et renchérissait encore sur les violences du maître dont il devait plus tard partager le supplice.
Désormais le démagogue, amoureux d'une popularité malsaine, va devenir un hérésiarque ; il précipitera la Bohême dans une longue et sanglante révolution religieuse et deviendra l'un des précurseurs de lapostat de Wittemberg.
« Après Jean Hus, le monde rempli d'aigreur enfanta Luther », c'est un mot de Bossuet. Tous deux, nés de famille obscure, sont doués par la nature de l'éloquence qui séduit les foules; tous deux affichent, dès l'abord, un profond mépris du pontife romain et des évêques, et déchaînent, de gaîté de cœur, les passions religieuses. L'un et l'autre s'appuieront plus tard sur les laïques, leur abandonneront la direction de l'Église