‹ Le grand schisme d'OccidentChapitre 134 sur 183 · Hefele, p · texte numérisé non relu

Hefele, p

î. MaXSI, t. XXVII, p. 753. — HardOUIN, t. VIII, p. 410.

1 autre les ornemeats sacrés, on lui déforme la tonsure en signe de la perte de tout privilège ecclésiastique; puis on lui couvre la tête d'une mitre en papier portant cette inscription : hic est heresiarcha. Hus est donc remis au bras séculier. Sigiamond appelle aussitôt le comte palatin du Rhin : « Voilà le coupable, dit-il; iraitez-le comme hérétique. » Le comte à son tour dit au prévôt de Constance : « Saisissez maître Jean Hus, et brùicz-le comme convaincu d'hérésie. »

Aussitôt les sergents et le bourreau s'emparent du condamné et lui fraient un passage à travers les trois mille soldats et la foule innombrable qui couvraient la place. Le cortège sort de la ville entraînant Jean Hus au mili<îu d'une multitude animée de sentiments divers. On lui demande s'il désire se confesser, il accepte. Le chapelain Ulrich Schorand s'approche, muni de pleins pouvoirs. « Maître, dit-il, je ne puis vous absoudre à moins que vous ne rétractiez vos erreurs. » Hus alors refuse et veut commencer à prêcher en allemand. Le comte palatin s'y oppose et fait presser l'exécution. Attaché au poteau fatal, entouré de paille et de bois , il refuse encore une fois de sauver sa vie par un désaveu. Enlin on met le feu au bûcher. La victime s'écrie par trois fois ' : Christ, ftls du Dieu vivant, ayez pitié de nous! Puis il expire, son corps est consumé bientôt, et l'on jette dans le Rhin ses cendres avec les débris fumants de son bûcher.,

Cette mort traigique. les paroles mystiques et sombres que prononça le novateur, les prophéties qu'on

1. Nous n'avons point de rccit confemporain émanant d'un calholi eue. Le seul qui nous reste est de .Mladenowitz, grand partisan de .!ean Hus. Celui que l'on a attribue a Poggio et que l'on a imprime ;i neuilingen en 184€ est tiae puce invention. Cf. Orthi'iîtos GaATics, op. cit., p. 1.j5.

mit sur ses lèvres au moment suprême, tout émut profondément alors l'opinion populaire, tout provoqua des sympathies posthumes dont on retrouve encore aujourd'hui bien des traces. Constance a gardé le chariot sur lequel il arriva dans la vilie, ainsi que la porte de son cachot; elle a orné de sculptures et de peintures les demeures où il logea et les prisons où il fut enfermé. Trois grands tableaux, tout en l'honneur de l'hérésiarque, décorent l'immense salle que l'on appelle improprement salle du concile; ils donnent à Jean Hus la figure noble, grave et ascétique du Christ de Munkacsy, et à ses juges comme à ses gardes, des traits irrités ou ignobles ^

Un monument commémoratif en granit a été élevé au Brùlh sur la place où l'hérétique fut exécuté, et, malgré la doctrine hussite sur le culte des reliques, certains ossements trouvés au lieu de son supplice sont conservés avec un soin religieux -.

Mais c'est surtout en Bohême que la* mémoire du réformateur fut exaltée, c'est là que l'esprit sectaire s'unit à un patriotisme mal entendu pour lui faire une auréole de sainteté, et pour lui préparer une vengeance digne de lui. Voyez-vous « les royaumes soulevés, la Germanie en feu , des armées de cent mille hommes -poussés à une guerre d'extermination ; des populations nombreuses fuyant leurs demeures avec un évangile et une épée , changeant de mœurs et ne vivant plus que sous le ciel, toujours frémissantes, vêtues de fer, dans dis cités mobiles formées de chariots; une série épouvantable de massacres, de combats fabuleux, d'embra-

1. Ces peintures sont dues à Peclit et Schwœrer (1875). Le concile, nous l'avons dit, s'est toujours réuni à la cathédrale et jamais dans cette salle. C'est le conclave de 441" qui se tint au Concilium Saal.

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